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Profil Sériephile : Pierre Langlais

Afin que les séries soit reconnues à leur juste valeur, c'est à dire des œuvres artistiques à part entière qui permettent d'enrichir notre vision du monde, il est, je pense, important d'interroger le rapport entre le sériephile et sa passion. Trop de clichés sont encore associés aux séries et aux personnes qui les regardent et il est important de mettre en valeur la manière dont nous construisons notre sériephilie. Jusqu'à là, j'avais plutôt tendance à interroger les membres de Spin-off à travers des bilans ou des profils spécifiques. Je fais cependant une entorse à cette règle puisque ma curiosité m'a poussé à aller questionner Pierre Langlais sur son parcours sériel et professionnel. Si vous lisez régulièrement des articles sur les séries, son nom vous dit forcément quelque chose puisqu'il est l'une des références en la matière. Journaliste spécialiste des séries télé à Télérama, il réalise également des chroniques sur LCI, Canal+ et ailleurs (toujours au nom de Télérama). D'un point de vue personnel, je suis un lecteur fidèle de son travail depuis Tête de Séries et l’authenticité de sa passion pour les séries a toujours été une inspiration; je le remercie ainsi d'avoir pris le temps de répondre à mes questions et cela avec grande précision.

Alors commençons par une question basique, quels sont tes premiers souvenirs sériels et quelles œuvres peuvent-elles être considérées comme des moments clés de ta sériephilie (et pourquoi) ?

J'ai grandi sans la télé jusqu'au collège ; j'ai donc mis le nez dans les séries essentiellement à partir des années 90 – ce qui fait que j'ai dû rattraper autant de classiques que possible par la suite. J'ai des souvenirs de séries comme MacGyver ou The A-Team (L'Agence tous risques), que je devais croiser sur les télés de mes amis, mais les premières séries que j'ai suivies régulièrement ont dû être Saved by the Bell (Sauvés par le gong), The Fresh Prince of Bel-Air, et bien entendu Les Simpson… J'ai bien sûr consommé la Trilogie du Samedi de M6 et je me suis planté devant la V.F de Friends sur France 2. Je regardais régulièrement ER (Urgences) aussi, mais l'univers de l'hôpital m'était alors assez peu sympathique et m'a empêché de suivre la série avec assiduité. Je suis donc un enfant des séries des nineties. Toutefois, les instants clefs de ma sériephilie sont plus venus au début des années 2000. Dawson a joué un rôle important, je l'avoue (sans honte) dans mon amour pour cet art, avant que la vague des séries grand public du début des années 2000 ne m'emporte : d'abord 24, puis Lost et Heroes, mais aussi, à plus petites doses, Desperate Housewives et House, M.D. C'est vers la fin de mes études, quand je suis rentré en école de journalisme, que je me suis plongé dans un million de séries supplémentaires, que j'ai rattrapé les (désormais) classiques du câble, et que j'ai découvert plus d'anglaises, les françaises – Engrenages pour commencer – puis les autres… Depuis, je tâche de ne plus rien laisser passer – douce utopie. Donc, pour répondre plus simplement à la fin de votre question : The Fresh Prince of Bel-Air premiers amours, Dawson première addiction, 24 premier choc, Lost premier coup de foudre, The Wire, puis Breaking Bad, Treme et Louie pour celles qui ont dessiné ma sériephilie. Mais c'est forcément un peu réducteur…

Tu es l'une des références critiques pour les séries aujourd'hui, peux-tu nous décrire ton parcours professionnel pour en arriver jusqu'à là ? Quelles études as-tu fais et à partir de quels moments as-tu réalisé que tu pourrais vivre de ta passion ?

Je voulais faire du journalisme depuis, je crois, le milieu du collège à peu près. J'ai passé un bac éco (le plus complet, c'est ce qu'on nous disait à l'époque), puis une maîtrise de lettres modernes avec option cinéma – à cette époque là, je savais déjà que je voulais être critique mais je visais la critique ciné – et enfin une double formation journalistique, à l'IFP (Institut Français de Presse, Paris II) et à Berkeley aux États-Unis – très utile aussi pour parler couramment anglais, ce qui est indispensable dans ce job. J'ai débuté en faisant des « piges », comme on dit, dans pas mal de médias différents, avant de décider, parce que c'était ma passion et que je sentais le vent tourner, de me concentrer sur les séries – en 2007. J'ai un peu galéré au début (comme tout le monde) puis j'ai eu la chance de faire partie de l'équipe de Générique(s), un mensuel 100% séries trop tôt disparu. Dans la foulée, j'ai commencé à chroniquer à OUÏ FM, puis à France Inter et Télérama m'a ouvert la porte… et mes collaborations ont augmenté: au Mouv', sur Canal+, etc. Je « vis de ma passion », comme vous le dites bien, depuis 2008. Et j'ai rejoins Télérama à temps plein depuis 2014. J'imagine que j'ai eu une bonne inspiration il y a presque dix ans, et pas mal de chance…

Contrairement à la plupart des sériephiles, ton devoir professionnel t'oblige à découvrir la quasi intégralité des pilotes, pour le meilleur et pour le pire mais comment fais-tu pour ne pas être dépassé par la masse de séries que tu découvres ? As-tu un planning de visionnage organisé et à quels moments prends-tu la décision d'arrêter une série (qu'elle ait déjà plusieurs saisons au compteur ou non) ?

C'est évidemment un enjeu majeur et l'une des plus grosses difficultés de mon métier. Généralement, trois facteurs me poussent à dépasser la poignée d'épisodes que je regarde sur toutes les séries (américaines et françaises. Pour les autres pays, cela dépend des diffusions en France) : 1. J'aime la série ; 2. La série est acclamée par la critique (US et/ou française) ; 3. La série arrive à la télé française. Je me laisse un petit espace pour, éventuellement, suivre des séries plus confidentielles et moins applaudies mais qui me font du bien – on disait « plaisir coupable », avant. Il faut donc être organisé, oui, suivre les sorties, les retours, etc. Et être efficace, en journée, pour ne pas à avoir du visionnage jusqu'à 3h du matin… On ne peut de toute façon pas tout voir, il faut faire des choix et le métier de critique sous-entend non seulement une sélection, mais aussi une capacité à capter les grandes tendances, à saisir l'air du temps, etc. Il faut être capable de parler de (presque) toutes les séries, même de celles dont vous n'avez vu qu'une poignée d'épisodes – non pas d'en faire une critique approfondie, mais de saisir ses enjeux, son ton, etc. Les critiques ne sont pas des surhommes, et je pense qu'il est indispensable de sortir, de vivre, d'aller au cinéma, de lire, bref de décrocher des séries… pour mieux les sentir et mieux en parler.

Pour beaucoup, être critique de série, c'est un job de rêve, mais nous lecteurs, nous ne voyons que l'aboutissement de ton travail. Quels sont les inconvénients du métier ? Peux-tu également nous raconter ton quotidien professionnel en tant que critique et ton rapport avec Télérama (as-tu parfois des obligations d'écriture ?)

En fait, c'est souvent un job de rêve pour de bon – pour tout sériephile, évidemment. Mais c'est en effet pas mal de contraintes et de boulot. D'abord, il y a ce dont nous venons de discuter, l'impossible exhaustivité (j'ai écrit un édito là-dessus il n'y a pas si longtemps, à voir ici). Ensuite, bien entendu, je n'écris pas que sur les séries que j'aime. Il me faut regarder beaucoup de séries médiocres (ou pire), et quand on s'imagine le critique se frottant les mains de plaisir avant de dire du mal d'une série, on oublie qu'il a dû la regarder avant… Les heures de visionnage, à ce rythme, peuvent être moins plaisantes que pour ceux qui ne regardent que ce qu'ils aiment. Notez aussi que je ne suis pas seulement critique : il y a les interviews, les reportages, les tournages, les analyses, les éditos, les chroniques (je fais un peu de télé, sur LCI et Canal+), etc. Bref, c'est du boulot, c'est parfois fatiguant, mais je ne me plains pas puisque j'aime ce que je fais. Il y a des inconvénients plus techniques, matériels, liés à la communication ou à l'accessibilité des séries, qui tiennent de la tambouille journalistique, mais sont à prendre en compte. Enfin, concernant Télérama, je vais sonner affreusement « corporate », mais je ne peux pas espérer meilleure maison. Je lis ce canard depuis que je suis gosse (fils de profs…), je voulais y travailler, on m'y laisse une grande liberté, on y guide mon travail, on me conseille intelligemment. Bref, j'y suis bien.

Tu es un critique de séries établi aujourd'hui mais as-tu l'impression de te perfectionner avec le temps ou est-ce qu'il est parfois compliqué de renouveler ta prose ? De manière générale quel a été l'obstacle le plus compliqué à surmonter en terme d'écriture et t’arrive t-il encore de bloquer lors de la rédaction d'un article ?

Question complexe. Il me faudrait faire une analyse en profondeur de mon processus d'écriture pour pouvoir vous répondre précisément… Pour tâcher d'être simple, disons d'abord que « oui » et « oui » serait les réponses les plus honnêtes à la première partie de la question. Oui, j'ai l'impression de progresser continuellement, à chaque nouvelle série intéressante, à chaque nouveau « défi » d'écriture, à chaque nouvelle situation, j'essaye de repenser à mon écriture. Évidemment, lire ce que font les autres aide aussi beaucoup. Oui, aussi, il y a toujours un risque de reproduire un même modèle en boucle, d'utiliser les mêmes tournures de phrase, de se laisser aller à une certaine facilité. De fait, on applique toujours plus ou moins une grille de lecture qui nous amène à certaines redites mais il faut veiller à toujours trouver le bon angle, les bons mots, parfois les plus originaux, pour renouveler la forme. J'ai la chance d'être relu et corrigé par mes chefs qui eux aussi veillent à ce que je ne tombe pas dans la facilité. Pour la seconde partie de la question, il est parfois difficile de structurer sa réflexion face à certaines séries. Pas simple, par exemple, d'écrire sur Mr. Robot et en général sur les séries qui sont très sur le ressenti, sur une atmosphère, une sensation. Et/ou dont le sous-texte est riche. Ce sont à la fois les meilleures et les plus insaisissables. Quant à « bloquer », non, ça ne m'arrive pas. Ou en tout cas pas très longtemps. En revanche, il y a des cas où mes chefs doivent me réorienter, m'aider à mieux structurer mes idées, etc. Pas sur les critiques, mais sur les articles de fond, les « transversaux » (qui touchent plusieurs séries à la fois) notamment. La critique est un exercice relativement solitaire – on ne me dit jamais quoi penser à Télérama – mais les papiers magazine, les sujets, ou même les interviews, c'est souvent une réflexion d'équipe, où on discute, on prépare, on « angle », avant que je ne pose mes mains sur le clavier, et on relit ensemble pour améliorer au maximum.

J'ai personnellement été outré par les stéréotypes véhiculés par les trophées remis cette année à Série Mania. Quels sont les clichés sur la sériephilie qui t'agacent le plus et comment vois-tu l'évolution de ceux-ci à travers le temps ? Te sens tu par exemple aussi respecté qu'un critique de cinéma ?

Outré par les prix ou par les séries récompensées ? (ndlr : je critique bien les clichés mis en avant par les statuettes - spectateurs sur leur canapé obnubilés par leur écran, télécommande à la main - qui tendent à donner une image réductrice de la sériephilie et qui participe à renforcer certains stéréotypes). J'ai été déçu de voir au palmarès autant de « polars noirs » et une absence de comédies – et de séries françaises, passée la coproduction Jour polaire – mais pas outré par les prix eux-mêmes non… Bref, je n'ai rien à reprocher à Séries Mania, et surtout pas de tomber dans des clichés sur la sériephilie – mon confrère Thomas Destouches s'en est d'ailleurs très habilement moqué dans une conférence pleine de second degré. Ceci étant dit, bien sûr que je m'agace encore du regard que certains portent sur les séries et sur certains mots comme « phénomène », comme si les séries venaient d'apparaître, ou « addiction », comme si nous étions des toxicomanes. On parle encore trop souvent des séries comme d'un tout, et pas assez des œuvres en profondeur, mais les choses changent nettement. Il y a presque dix ans, quand j'ai commencé dans ce métier, c'était mille fois pire. On me refusait le moindre « cliffhanger » ou… « spin-off », qui aujourd'hui passent bien mieux. On me regardait comme une bizarrerie journalistique, alors qu'aujourd'hui des dizaines d'étudiants d'écoles veulent faire ce job. Au quotidien, je me sens aussi respecté qu'un critique de cinéma, oui, même si il reste une minorité de gens qui considèrent que les séries sont un sous-genre, une « petite sœur » du grand écran. Mes collègues du cinéma à Télérama regardent des séries – et certains écrivent même dessus – et une part importante des spécialistes des séries sont aussi des journalistes cinéma. Que ce soit à Télérama évidemment, mais aussi à France Inter, à Canal+ ou à LCI, où j'interviens, on me laisse le droit de dire des choses compliquées, sans aucune condescendance ou sans aucun mépris pour les séries. La reconnaissance médiatique n'est pas encore complète mais les stéréotypes et les caricatures reculent.

Depuis que tu as commencé à écrire, le paysage sériel et la manière dont nous regardons nos séries ont beaucoup évolué. Comment cela t'a-t-il influencé professionnellement et penses-tu aujourd'hui qu'il est indispensable pour un critique d'être actif sur Twitter (ou un autre réseau social) ?

Je ne suis pas si vieux que ça ! A l'époque de 24, il m'arrivait déjà de « binger », mais c'était en DVD… Ceci étant dit, aujourd'hui tout va plus vite, il ne faut pas attendre deux semaines après le final d'une série populaire pour écrire dessus et il faut s'aligner sur des sériephiles de plus en plus connectés et « à l'heure US ». Le défi, c'est de ne pas courir et de bien faire son boulot. En critique, et en news évidemment. Se poser, réfléchir, vérifier les sources… bref, être journaliste. Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans l'accessibilité à l'information et la visibilité de ce que j'écris. Je me sers beaucoup de Twitter (@MrSeries, à la base c'était un pseudo ironique, croyez-moi ou pas), j'y poste tous mes papiers, je tâche d'y dialoguer quand c'est possible, de répondre aux questions pertinentes. C'est un excellent moyen d'avoir des retours, de lire les autres critiques, de savoir ce qui marche (ou pas). Et aussi de faire entendre ma voix avec un peu de second degré – dernièrement, j'ai essayé de faire comprendre que le battage autour de Game of Thrones avait tendance à me fatiguer. Je ne sais pas si c'est indispensable d'y être pour un critique, certains de mes collègues les plus doués y sont plus discrets. J'y passe moi pas mal de temps et c'est mon lien le plus direct avec celles et ceux qui me lisent – que je croise seulement brièvement IRL sur les festivals. Je glisse aussi mes papiers sur une page Facebook dédiée aux séries sur Télérama, « Sérierama » (le nom de mon blog par ailleurs).

Peux-tu nous décrire la manière dont tu te prépares pour écrire une critique ? As-tu un mode de fonctionnement précis (prise de note durant l'épisode/recherches spécifiques ?) et as-tu des sources d'inspirations (influence de la critique américaine ?) ?

Je vous répond plus particulièrement sur mes critiques en ligne, qui sont les plus longues. Pour les plus petites publiées dans le magazine, c'est un processus plus simple, mais assez proche. Je regarde la plupart des séries chez moi, dans mon canapé, ou au bureau, un casque sur les oreilles. J'ai une technique assez immuable : le post-it. Je griffonne des éléments de l'intrigue et des mots clefs, aussi quelques répliques, en évitant de trop écrire pour ne pas sortir de mon visionnage. Ces notes me permettent ensuite de me souvenir de ce que je pensais à ce moment-là. Ce sont des mots-clefs. J'écris le plus tôt possible après ce travail préparatoire, à chaud, puis je prends du recul. Je me relis plusieurs fois, je repense à mes arguments. Je jette parfois un coup d’œil à Metacritic, qui regroupe les critiques américaines (sur les séries américaines, évidemment), et si je constate que j'ai adoré une série qui se fait descendre (ou l'inverse) je lis quelques articles des critiques de références. Ça ne changera pas mon point de vue, mais ça peut m'apporter des éléments de réflexion pour l'aiguiser, voire pour un article futur, pour la saison 2, etc. Les signatures qui comptent : Maureen Ryan, Alan Sepinwall, Matt Roush, Ken Tucker, Jeff Jensen… En France, je garde un œil sur les critiques des collègues de l'A.C.S. (Association des Critiques de Séries).

Tu réalises beaucoup d'interviews d'acteurs ou de showrunners, as-tu une méthode spécifique pour te préparer à ceux-ci ? Peux-tu partager avec nous un entretien qui t'a particulièrement marqué et à l'inverse un autre que tu préférerais vite oublier ?

Non, je n'ai pas de méthode spécifique. Je regarde les séries des auteurs, réalisateurs, acteurs, etc. que j'interviewe, puis je lis un maximum d'articles sur eux, d'autres interviews, je regarde des vidéos, bref je me documente, et ensuite je coupe tout et je me plonge dans la préparation de mes questions. J'essaye toujours de trouver un bon équilibre entre décryptage du fond de leur travail et questionnement de ce qui les motive plus intimement. J'aime que mes interviews ne soient pas seulement techniques, mais qu'elles racontent aussi qui sont les gens à qui je parle. Leur vision de leur œuvre, et de la société – je ne fais pas du people. Il y a évidemment des rencontres qui m'ont marqué. Une en particulier, sur le dernier jour de tournage de Treme, pendant le carnaval à la Nouvelle-Orléans. J'ai passé une demi-journée avec David Simon, assis dans les tribune d'un gymnase, puis avec certains des comédiens et des techniciens de la série. C'est ma série de cœur et ce moment a été dingue, pour moi. Il en reste un article. Pour ce qui est des déceptions, je préfère les oublier rapidement. Mais rare sont les scénaristes et producteurs de séries de qualité à ne pas être un minimum intéressants. Si on nous donne un peu de temps avec eux (ce qui est un luxe, malheureusement), on en sort bien souvent avec d'excellentes réponses.

A part les séries, quelles sont tes passions ? Quel est ton rapport avec d'autres arts comme le cinéma, la littérature, la musique… ?

Comme je vous le disais tout à l'heure, il faut sortir, décoller de devant son écran. Et donc aller vers d'autres arts. Je suis un littéraire, comme on dit vulgairement, donc je lis pas mal – moins que pendant mes études, malheureusement. J'aimerais aller plus souvent au cinéma mais je garde un œil sur l'actu ciné et je tâche de voir les films marquants. La musique ? J'en ai dans les oreilles à longueur de journée. Bref, vous voyez l'idée. Je ne mets pas les séries dans une case « pro », et le reste des arts dans la marge. Il faut manger de tout. Et bouger, tester les restaurants, aller au musée, marcher, écouter les infos, débattre du monde dans lequel on vit, voyager, aimer, être heureux, triste, bref vivre. Les séries sont le reflet, le témoignage de tout ça. Si ma vie se limitait à un écran, je n'aurais aucune idée de ce que je suis amené à critiquer… Sinon, je suis fan de basket américain, mais je ne vois (presque) pas le rapport – il y est question de « saison » aussi.

Peux-tu nous citer, en expliquant tes choix, une série hautement considérée qui t'a laissé de marbre, une série sous-estimée à tort dans la sphère sérielle et une série que tu n'as pas encore eu le temps de débuter malgré toi ?

C'est compliqué car on trouve tous les goûts dans ce que vous appelez « la sphère sérielle »… Si on devait se limiter aux prix (Golden Globes, Emmy Awards), la grande sous-estimée est Rectify, une série dont je reconnais les longueurs mais que je trouve d'une beauté infinie – ne parlons pas de The Leftovers qui vient d'être zappée par les Emmys. Il y en a eu d'autres, Rubicon, par exemple, ou aujourd'hui Halt and Catch Fire ou Kingdom (ce sont celles qui me viennent à l'esprit, il y en a beaucoup d'autres). Mais ce ne sont pas des séries descendues par la critique pour autant… Pour celle qui m'aurait « laissé de marbre » malgré sa popularité, je dois reconnaître que je n'ai jamais accroché à American Horror Story. Je trouve ça poussif, excessif, trop souvent gratuit. Je ne marche pas. Je n'étais pas fan de Boardwalk Empire non plus. Mais là aussi, c'est une question de goût et en aucun cas je ne dirais que c'est une mauvaise série ! En revanche, je cogne volontiers sur The Tudors que certains ont beaucoup aimé. Quant à une série que je n'ai pas eu le temps de débuter ? Il me manque certains classiques, évidemment, et une pelleté d’œuvres que je veux voir – de celles qu'on va attaquer demain. Par exemple, au hasard, Riget (L'Hôpital et ses fantômes). Oui, je sais, c'est moche…

Tu es le porte-parole au sein de l'A.C.S. (Association critique des séries). Peux-tu nous décrire ton rôle et nous expliquer brièvement comment l'association fonctionne ? Depuis sa création (encore récente puisqu'elle a été fondée en avril 2015), ressens-tu une évolution et quels sont les prochains objectifs à accomplir ?

En fait, je suis Président de l'A.C.S. depuis cet été, mais c'est un titre avant tout symbolique (et administratif). L'A.C.S. est une association totalement démocratique où les membres du bureau travaillent main dans la main, en discussion, et où les grandes décisions sont prisent par la quarantaine de membres. Le but est de faire entendre la voix des critiques professionnels de séries, en France. De défendre la qualité de notre travail, nos conditions de travail, la légitimité de notre prise de parole, tout en poussant, nous l'espérons, la fiction hexagonale vers plus de qualité – en critiquant, mais aussi en débattant et en remettant des prix, notamment les prix de l'A.C.S., chaque mois de juin. Tous les détails, notre philosophie, etc. est sur notre site. Les choses avancent doucement mais sûrement. Les festivals demandent à travailler avec nous, les associations qui regroupent ceux qui font les séries s'ouvrent au débat, il y a une prise de conscience grandissante de ce que l'A.C.S. peut incarner. Ça prendra un peu de temps mais je suis confiant. Nous sommes dans une évolution très positive. Ça sonne politiquement correct, mais nous faisons tout ça par passion, donc nous sommes à fond.

Penses-tu qu'il y ait un encore un a priori négatif à dépasser dans la formation universitaire et technique (la seule formation spécialisée dans les séries à ma connaissance est à la Fémis mais elle est très élitiste puisqu'il faut un Bac+5 pour y candidater) ? A titre personnel, serais-tu séduit par l'idée de donner des cours sur les séries dans un cadre universitaire ?  

En fait, je donne déjà des cours d'Histoire des Séries (avec un regard critique) à l'ESRA, une école de cinéma parisienne qui a une section séries. C'est un séminaire annuel de quinze heures que je donne depuis deux ans et qui reprendra cet hiver. Je suis ouvert à en faire plus – j'ai un temps débuté une voie universitaire vers l'enseignement, j'aime ça. J'interviens aussi à l'occasion dans d'autres écoles, de journalisme par exemple. Je ne suis pas un universitaire, mais je crois aussi que cette branche de l'analyse et de la critique sérielle est en pleine explosion. Il y a souvent des séminaires, des débats, des rencontres, etc. Et une foule d'ouvrages sort chaque année – j'en ai pas loin d'une centaine dans ma bibliothèque. Bref, la matière sérielle est très sérieusement considérée par un groupe d'universitaires grandissant. Globalement, il y a une curiosité forte pour les séries, dans les médiathèques, les lieux culturels divers, théâtres, etc. qui lancent régulièrement des soirées – et pas seulement sur Paris. Bien sûr, il existe encore des gens qui méprisent les séries et la culture sérielle est encore à développer chez nous mais les choses vont dans le bon sens. Je suis optimiste.



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