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Cette tension ambiguë entre le médium sériel et cinématographique

"Cette série ce n'est pas de la télévision. C'est un film de dix heures, c'est une série cinématographique plus qu'une série télévisée."


Ce genre de déclaration revient souvent dans nos discussions de tous les jours ou dans l'argumentation des critiques. Vous l'avez surement lu quand vous lisiez un article sur The Sopranos, True Detective, The Knick ou plus récemment Sense8. Si la volonté est bien entendu de faire l'éloge de l’œuvre en question, cela a également l'effet pervers de diminuer la légitimité du médium sériel.

Avant tout chose il me paraît nécessaire de distinguer médium et dispositif. Le médium est un moyen d'expression et de sensation spécifique à chaque art (cinéma, séries, peinture ...) tandis que le dispositif représente la mise en espace et le cadre dans lequel va être exposé le médium (la salle de projection, la télévision, le musée …). On distingue plusieurs tournants dans l'histoire du dispositif, la couleur, le son, le changement de format (4/3, 16/9), la dématérialisation. La spécificité du médium sériel est que le spectateur s'est peu à peu écarté du dispositif original, la télévision. On regarde nos séries en streaming, en DVD, en téléchargement légal ou illégal mais reste-t-il beaucoup de sériephiles qui se contraignent à une diffusion purement télévisuelle ?

La dématérialisation fut une chance pour la légitimé du médium sériel même si cela a également conduit à certains excès (le binge-watching). Aujourd'hui, associer séries et télévision ne me semble plus vraiment approprier et l’avènement de Netflix et Amazon n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

Je suis ainsi partisan du fait que les séries puissent s'exporter en salle (en tant que dispositif). Grâce au festival Série Mania qui se déroule tous les ans en avril à Paris, j'ai pu découvrir en format large, des épisodes de Boardwalk Empire, True Detective, Utopia, Game of Thrones et bien d'autres. J'en suis ressorti avec une expérience sensorielle décuplée et le plaisir d'avoir ressenti un réel engouement autour de moi. Si la salle n'est pas nécessaire pour déceler toutes les qualités d'une série, elle apporte un véritable plus et je ne pense pas qu'elle devrait être seulement réservée au médium cinématographique.

 

L'utilisation outrancière du terme cinématographique pour parler de séries

L'utilisation du terme cinématographique est assez fréquente pour désigner une série qui possède d'importantes qualités formelles. Le terme est ainsi synonyme d'un certain prestige. Le médium sériel pour atteindre le sommet de sa qualité devrait ainsi emprunter au cinéma. Je ne nie pas que les séries ne peuvent rien n'apprendre du cinéma. La première saison de The Knick, réalisée entièrement par Steven Soderbergh est irréprochable esthétiquement mais dispose également d'une construction sérielle de qualité.

Ce qui me dérange en revanche, c'est ce rabaissement de la sérialité. Pourquoi les qualités formelles devraient être réservées au cinéma ? Pourquoi ne pouvons nous pas donner de la légitimité à un format qui a prouvé à maintes reprises qu'il pouvait donner naissance à des œuvres d'une grande intelligence ? Toute la richesse de The Wire, The Shield, Mad Men (…) résulte du fait qu'elles ont développé un univers riche et étendu sur plusieurs saisons. Chacune à leur manière, elles ont su profiter des spécificités sérielles pour démontrer toutes leurs qualités. Le point d'orgue dramatique de la fin de Six Feet Under est sans doute l'un des meilleurs exemples. Le fait que nous ayons suivi les protagonistes durant une soixantaine d'heures donne une puissance dramatique inégalée à la conclusion.

Il est totalement vain de juger, d'analyser les séries et le cinéma sur les mêmes bases. Le médium sériel est régie par ses propres règles, ses propres contraintes. On ne peut pas se proclamer apte à analyser les séries sans disposer d'une certaine culture sérielle. Aimer le cinéma ou les séries relève de deux sensibilités différentes, utiliser le terme cinématographique pour parler de séries n'a donc aucun sens. Est-ce que l'on va dire qu'un film est sériel, si sa construction scénaristique est judicieuse ?


Les tensions au sein même de l’œuvre

Le problème c'est que la tension entre les deux médiums peut jaillir au sein même de l’œuvre. Dans Olive Kitteridge, une mini-série de HBO diffusée en novembre dernier, nous remarquons que l’œuvre n'est pas créditée au générique comme une série mais comme un film (a film by Lisa Cholodenko). Cela est assez paradoxal car des mots mêmes de l'actrice principale, Frances McDormand, le format sériel était indispensable au développement du projet («90 minutes is never enough time to tell a women's story»). Cette série, présentée à la Mostra de Venise (festival normalement réservé aux œuvres cinématographiques) semble donc être une sorte d'hybride mais sa structure reste cependant sérielle (découpage des intrigues et des épisodes, chronologie …).

Des grands noms du septième art se sont également invités dans nos séries récemment. David Fincher dans House of Cards, Martin Scorsese dans Boardwalk Empire, Gus Van Sant dans Boss, la liste est longue. Il ne faut cependant pas oublier que de très bon metteurs en scène se sont illustrés et formés dans la sphère sérielle (Ed Bianchi, Tim Van Patten, Alan Taylor …). Le rôle du réalisateur est néanmoins à relativiser quand on parle de séries. Cary Fukunaga a par exemple réalisé avec brio tous les épisodes de la première saison de True Detective mais le nom que l'on retiendra derrière le drama est celui de son showrunner, Nic Pizzolatto. Si un metteur en scène de talent est un gain pour une série, il ne pourra rien faire si le récit est mal construit ou si la writers room ne produit pas des idées innovantes.

 

La série est un art et elle n'a plus rien à prouver à personne, le besoin d'utiliser le terme cinématographique pour vanter ses mérites n'a ainsi pas de raison d'être. Twin Peaks série pionnière pour beaucoup, n'a pas ce statut parce qu'un cinéaste en est l'auteur mais parce que David Lynch est un visionnaire qui a compris l'immense potentiel du médium sériel.



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