Desperate Housewives, Game of Thrones, How I Met Your Mother, House, M.D., Fringe, Once Upon a Time, Breaking Bad, Grey's Anatomy, Mad Men   Créer mon compte - Mot de passe perdu
 
 
 
 
 
 
 18/05 - 16h04 : La créatrice de Grey's Anatomy a admis n'avoir "pas aimé" écrire l'épisode final de la saison 8.
 18/05 - 14h41 : Selon Le Parisien, la saison 2 de Borgia a coûté 30 millions d'euros à Canal+ et à ses producteurs.
 13/05 - 19h43 : Un troisième trailer de The Newsroom, prochaine série d'Aaron Sorkin, est disponible.
 12/05 - 14h39 : En pleine saison des Upfronts, vous pourrez retrouver un récapitulatif sur Spin-Off.fr la semaine prochaine.
 12/05 - 13h05 : La CW a commandé une sixième saison de Gossip Girl. Elle a indiqué qu'elle sera la dernière de la série.
 11/05 - 14h24 : Si vous en avez le courage, voici un lien permettant d'accéder aux séries chinoises de la CCTV sous-titrées en français.




Mardi 22 Mai 2012

« I’m Dan Harmon, and I shit gold »


Community   Type : Tribune   Tags : dan harmon, community, saison 4, licenciement, sony
14h55 - 0 
Certains la connaissent déjà, d'autres vont la découvrir. IrisKV, très active sur twitter et qui signe des articles sur pErDUSA (le site qui dit du mal des séries télé, mais qui le pense), écrivait en novembre dernier tout l'amour qu'elle portait pour le créateur de Community, Dan Harmon. Un texte d'autant plus d'actualité que ce dernier vient d'être viré de sa propre série alors qu'une saison 4, et probablement dernière, est prévue pour la saison prochaine. Merci à elle de nous autoriser à reproduire ici sa chronique.

Il y a peu de séries que j’aime de la manière dont j’aime Buffy the Vampire Slayer et Angel. Je ne les aime pas plus, je les aime simplement d’une manière particulière, quelque chose de personnel qui me pousse à monter au créneau pour les défendre dès qu’on les critique. [1]

J’ai pas mal d’explications pour ça, à commencer par le fait que ce soient des cibles trop faciles, mais au final, je pense que la plus simple et la plus honnête se résume à deux mots : Joss Whedon.

Forcément, en tant que personne qui s’intéresse aux séries TV, j’ai été amenée à lire beaucoup d’interviews en tout genre, de créateurs, scénaristes, acteurs, mais Joss Whedon joue dans une catégorie à part : Celle de ceux qui, en parlant de leur travail, ou d’eux, arrivent à m’émouvoir, à transmettre une charge émotionnelle au moins aussi forte que leur création l’a fait.

En fait, jusqu’à il y a quelques semaines, il y était complètement seul. J’ai pu tomber amoureuse du travail de Tina Fey, de Richard Kelly, et d’un tas d’autres, mais je n’ai jamais retrouvé en les lisant cette sensation, à la limite du coup de poignard, d’un trop plein d’honnêteté, qui me frappe, me coupe le souffle et me le redonne quand je lis Joss.

Et puis, début octobre, avec une semaine de retard, je suis retombée sur cet article à propos Dan Harmon, le créateur de Community, sur Wired, et ça a été le début d’un truc. Tous ceux qui me connaissent sont au courant de mon affection pour la série, et en particulier pour Abed et les épisodes qui examinent son rapport à la fiction. Parce que je m’y identifie.

J’ai commencé à lire cet article comme j’en avais lu des dizaines d’autres, et puis la seconde partie m’a un peu touchée, parce qu’il révélait quelque chose dont on se doutait un peu : Je suis pas la seule personne importante [2] à me retrouver dans Abed, puisque celui-ci est directement inspiré du créateur.

Dan Harmon est quelqu’un de très actif sur internet. Tumblr, Myspace, Facebook, Twitter, le Forum de Channel101 [3] ; You name it. Du coup j’ai commencé à le suivre sur Twitter, et c’est de mon point de vue une des célébrités qui utilise le mieux cet outil, puisque contrairement à beaucoup trop des gens qui y sont, il n’y prostitue pas son image.

Aussi, il l’utilise pour me répondre en me citant Jerry Maguire, alors bouffe ça Ashton Kutcher

Les gens s’adressent beaucoup à lui pour critiquer les épisodes diffusés. Souvent avec un manque de tact absolu, et en suintant une bêtise assez crasse ; normal, on est sur internet. Et Dan Harmon leur répond. Très très souvent.

Ce qui donne lieu, par exemple, à un échange avec un gosse se demandant pourquoi il « rend [ses] personnages détestables ce début de saison » auquel il rétorque un magnifique « C’est parce que je sors avec ta mère. Et je dis sortir parce que t’as un avatar de gamin, mais crois moi, on ne fait pas que manger. » et le fait pleurer avant de se faire insulter en retour.

Il répond aussi à ceux qui sont sincères et se posent des questions, ou l’encouragent, mais à mes yeux ce n’est pas aussi génial que de lire ses métaphores océaniques.

Ca, c’est pour la partie amusante, qui me fait me dire que j’aimerais devenir sa meilleure amie, pour boire des bières avec lui alors qu’on se passerait un ballon de foot us allongés dans son jardin et que Stephen Colbert s’occuperait du barbecue.

Et puis il y a le reste, les moments plus anodins, où il confie sa fatigue ou son stress, où il fait une déclaration d’amour de mec bourré à ceux qui le regardent, où il doute de ce qu’il fait, tous ces moments qui au final prouvent qu’il est profondément humain, parcouru de fêlures, et qui permettent à quelque niveau futile de se sentir un peu connecté à lui.
De son compte Twitter, je suis tombée sur son tumblr. Et c’est là que la magie dont je vous parlais au début de ce texte, avant de vous faire perdre à vue de nez dix ans de votre vie en digression pas si digressives que ça, s’est produite. Dans un amphi, entourée de centaines d’étudiants absorbés par un cours d’Introduction aux SIC, je suis tombée amoureuse.

Si pas mal de notes sont de longues réponses à des questions posées par des téléspectateurs, certaines d’entre elles sont dans le prolongement de ses tweets, des textes d’une sincérité telle qu’ils ne devraient pas être lus par autant de personnes.

De la justification de son besoin de bloguer, à un texte auto-dépréciatif post-rupture en passant par quelques pensées en vrac, ou en remontant encore plus anciennement par son myspace, Dan Harmon se livre sur internet d’une manière dont peu osent le faire dans la vraie vie. Et en faisant ça, il explose le piédestal d’Auteur sur lequel je le plaçais avant.

Paradoxalement, le moment où j’ai lu son « I don’t want to get away with anything ever again. I don’t want to trick anyone into thinking I’m a hero ever again. » est celui où il en est réellement devenu un pour moi.

Je vais encore me faire traiter d’emo, et ce sera probablement justifié, mais quand je lis quelqu’un qui écrit une série suivie par des millions de fans se haïr à ce point-là, trouver qu’il est une mauvaise personne et afficher ses travers sans honte, sans que ce soit sur des photos alcoolisées volées par des paparazzi, je me dis que cette personne a un courage fou, et qu’elle mériterait d’être reconnue pour ça, autant que pour son art, parce que c’est le genre d’homme qui mériterait qu’on les interview pendant des heures, pour en faire un livre dont la titre serait « Bible : Now This Shit Just Got Real ».

En se montrant humain, il a rejoint Joss Whedon dans ce très petit espace de mon cerveau occupé par les gens qui arrivent à vraiment me toucher, et à me faire pleurer sans avoir besoin de tuer des personnages pour ça.

Excelsior.

[1] Un peu comme les parents qui expliquent qu’ils n’ont pas d’enfant préféré, mais IRIS NOM D’UN CHIEN laisse ton grand frère tranquille.
[2] Et par là j’exclus les milliers d’autres téléspectateurs hystériques et à côté de la plaque.
[3] Une sorte de plateforme vidéo où les participants soumettent des pilotes de série de 5 minutes, et où le public décide desquelles continueront.
Sois le premier à réagir !

Lundi 14 Mai 2012

Klass - Elu pärast : le traumatisme d'un massacre dans un lycée... et la vie après ?


Klass - Elu pärast   Type : Tribune   Tags : klass Elu pärast, chronique, blog, tribune, my tele is rich
14h30 - 4 
Si vous êtes un ou une sériephile, vous avez certainement déjà eu la chance de tomber sur son blog. Livia, qui se définit comme une "exploratrice de petits écrans depuis 1984", anime My Tele is Rich, une adresse à ajouter dès maintenant dans vos favoris si vous ne l'avez pas déjà fait. Sa particularité ? Parler de séries de toutes nationalités. Nordiques, asiatiques, européennes, canadiennes, etc. Pour cette occasion, elle a accepté que l'on reprenne son article sur une impressionnante série estonienne.
Aujourd'hui, petit évènement, car My Télé is Rich! accueille un nouveau pays : l'Estonie ! Une nouvelle étape dans mon exploration de l'Europe du Nord permise grâce à Eurochannel qui continue de nous faire voyager : après la danoise Lulu & Leon en février, elle va proposer en ce mois d'avril consacré à l'Estonie, Klass - Elu pärast. Et pour ma première série estonienne, je ne pouvais sans doute pas mieux tomber ! Il faut dire qu'elle n'est pas une inconnue, puisqu'elle s'est fait remarquer dans divers festivals sur la fiction européenne : elle a ainsi été récompensée par le Reflet d'Or au Festival Cinéma Tous Ecrans en 2009, et a remporté deux awards au  Roma Fiction Fest 2010.

Plus précisément, la série est en réalité la suite d'un film estonien de 2007, Klass [note de Spin-off : vous pouvez le noter en saison 0]. S'il peut être recommandé d'avoir vu le film pour bénéficier d'une vue d'ensemble des évènements dès les premières scènes du pilote, la série ("Klass - Elu pärast" signifiant "La classe : la vie après") s'apprécie également indépendamment, traitant des suites du drame sur lequel se conclut le film. Initialement, le projet télévisuel devait voir le jour en 2009 et était envisagé pour une durée de 12 épisodes. Mais la crise économique a gelé un temps la production. Finalement, ce seront sept épisodes qui seront écrits par Margit Keerdo. La diffusion eut lieu à la fin de l'année 2010 en Estonie, sur ETV.

En France, Klass - Elu pärast (La Classe en VF) est arrivée sur Eurochannel (canal 89 des bouquets SFR) le 29 avril prochain, à 20h. Et si la suite est à la hauteur de ce premier épisode, j'ai juste envie de vous donner un seul conseil : à vos agendas !
Klass - Elu pärast se déroule à Tallinn, la capitale de l'Estonie. Elle s'ouvre sur une tragédie qui va bouleverser tout un lycée, et plus généralement tout le pays, résultat dramatique d'une escalade de violences que nul n'aura pu arrêter à temps. Souffre-douleurs de leur classe, suite à des tourments plus humiliants encore lors d'une soirée à la plage, deux adolescents, Kaspar et Joosep, se sont laissés emporter dans une folie meurtrière auto-destructrice. S'étant procurés des armes, ils ont ouvert le feu en plein lycée, abattant à bout portant cinq de leurs camarades de classe et en blessant trois. Si le film traite des évènements qui conduisent à cette fusillade tragique, la série va, elle, s'intéresser aux suites de ce drame : peut-il y avoir une vie après pour les survivants ou les proches des victimes ?

La construction narrative de Klass - Elu pärast va lui permettre de balayer tous les points de vue pour traiter du traumatisme en lui-même, comme du travail de reconstruction de chacun, en s'intéressant à un personnage différent par épisode. Le pilote, traitant de l'immédiat après les coups de feu, suit ainsi Kerli, une adolescente à part dans la classe, qui va se battre pour que les véritables raisons du geste des deux meurtriers soient connues. L'épisode éclaire les réactions des élèves face à leurs responsabilités dans l'engrenage ayant abouti à la fusillade. Au fil de la série, Klass - Elu pärast traitera des conséquences des évènements aussi bien du point de vue des lycéens, de leurs parents (le deuxième met en scène le parent d'un des tués), de leur enseignant et, pour le dernier épisode, du tireur survivant.

Abordant sans détour un sujet difficile et très fort, la première chose qui marque devant Klass - Elu pärast, c'est son habileté à parfaitement négocier l'extrême sensibilité de son thème. Si la tragédie aurait pu entraîner un glissement lacrymal facile, il n'en est rien dans ce pilote qui fait preuve d'une justesse et d'une retenue impressionnantes. La force du récit tient ici à la sobriété de son écriture : c'est avec beaucoup de pudeur qu'est évoqué le traumatisme subi par les élèves, mais aussi par leur enseignant. Le soin apporté à la dimension psychologique se révèle impressionnant d'authenticité et de nuances. Si seuls quelques flashs au début de l'épisode montre au téléspectateur la fusillade, l'ombre de cette dernière pèse sur tout l'épisode. Il parvient à être à la fois sombre et poignant, sans éprouver jamais le besoin d'en faire trop, réussissant à proposer quelques scènes d'une intensité émotionnelle bouleversante par un simple échange de regards ou par un silence révélateur. Le pilote laissera au téléspectateur un arrière-goût amer (et quelques larmes salées).

Si la série peut être très dure en raison des évènements passés dont elle explore les conséquences, pour autant, elle entend aussi se tourner résolument vers l'avenir. Comme l'explique Margit Keerdo sur son blog, à mesure que Klass - Elu pärast va s'éloigner de la fusillade, les épisodes pourront être moins pesants, cependant le fil conducteur demeurera toujours ce futur en pointillé promis à ceux qui ont vécu d'une façon ou d'une autre l'évènement. Il s'agit de se demander quelle va pouvoir être la vie après ce basculement dans l'horreur tragique... est-elle d'ailleurs seulement possible ? Comment dépasser ce traumatisme tellement profond pour réapprendre à vivre ? Les insomnies de Kerli, ses flashbacks du jour du drame, illustrent bien les premières difficultés à surmonter. Au-delà de cet aspect, il est évident que les pistes de réflexion sont multiples à partir d'un tel sujet, et les thèmes à traiter particulièrement riches. Le potentiel est donc là : le premier épisode constitue une vraie claque dont le téléspectateur ne ressort pas indemme ; et on peut espérer que la suite de la série se poursuivra sur ces mêmes bases.
De plus, il faut saluer la double ambition dont fait preuve Klass - Elu pärast : non seulement elle entend explorer les suites d'une fusillade dans un lycée, mais en plus, elle ne va pas hésiter à complexifier et à troubler les statuts de victimes et de bourreaux. Aucune lecture purement manichéenne n'est en effet possible : le geste de folie meurtrière des deux adolescents est aussi un geste de désespoir contre des camarades qui ont d'abord été leurs tortionnaires du quotidien. Par les nuances et questionnements qu'elle met en scène, la série parvient ici à une force et une intensité rares. Celui qui connaît le film d'origine sait déjà quel fut le dernier élément déclencheur du carnage, cette soirée à la plage qui aura été l'humiliation de trop pour les deux jeunes tireurs, il a donc sans doute une empathie plus immédiate pour ces derniers. Mais pour un téléspectateur qui découvre les faits dans le pilote, la mise au jour de ce douloureux partage des torts est sans doute encore plus dérangeante et bouleversante.

Indirectement, Klass - Elu pärast exploite dans ce pilote un thème que je rapprocherais des séries japonaises centrées sur l'ijime (nom donné dans les écoles nippones à ces persécutions et brimades physiques et/ou morales subies par un élève). Pour avoir l'expérience de ces dernières, je dois dire que c'est vraiment la première fois que je regarde une série occidentale (et non asiatique) qui capture aussi admirablement toutes les dynamiques relationnelles à l’œuvre - et leur violence - au sein de cette classe marquée par la tragédie. Le pilote traite avec beaucoup d'authenticité du déni dans lequel les élèves s'enferment, refusant de reconnaître leur responsabilité individuelle et collective dans le drame. Par la suite, la série pourra s'affranchir du cadre du lycée selon le personnage principal suivi (qui peut être un adulte) ; mais la subtilité apportée tant à la caractérisation des protagonistes qu'à leur psychologie laisse entrevoir de belles promesses pour prendre pleinement la mesure du sujet.

Marquante par la maîtrise de son sujet sur le fond, Klass - Elu pärast est également très intéressante sur la forme. Un réel soin est apporté à la réalisation, réactive et proche des protagonistes mais aussi capable de plans d'ensemble où la symbolique de la mise en scène apparaît maîtrisée. Le visuel de la série est travaillé jusqu'à la photographie épurée, où l'on retrouve des teintes dominantes froides. Certes, c'est une série estonienne : les moyens et le budget limités sont perceptibles, quelques micros passent parfois dans le champ de la caméra ; mais dans l'ensemble, la série se révèle solide sur le plan formel. De plus, elle bénéficie d'une bande-son nerveuse qui reflète bien la tonalité ambiante, entre déchirements et reconstruction ; à l'image de son générique (cf. première vidéo en bas du billet).

Enfin, Klass - Elu pärast dispose d'un casting homogène qui se met au diapason de l'atmosphère dramatique. C'est sur Triin Tenso qu'est centré le pilote : elle délivre une interprétation sobre qui sonne authentique. Mais la dimension chorale de la série permettra à plusieurs acteurs de s'imposer au fil  des épisodes. Au Roma Fiction Fest 2010, Margus Prangel a ainsi remporté l'award du meilleur acteur dans une fiction dramatique pour sa performance de père de famille dans le deuxième épisode. En outre, on retrouve également parmi la galerie de protagonistes mis en scène, Vallo Kirs, Paula Solvak, Joonas Paas, Laura Peterson, Erik Ruus, Laine Mägi, Virgo Ernits, Kadi Metsla, Märt Meos ou encore Leila Säälik.
Bilan : Forte d'un sujet riche et poignant sur l'après d'une tragédie humaine bouleversante, Klass - Elu pärast est une série qui ne manque pas d'ambitions. Elle se démarque par l'authenticité de son écriture et la sobriété générale de son ton. Tout en révélant la face la plus sombre des dynamiques relationnelles adolescentes, il s'agit plus généralement d'une série qui traite avec subtilité du deuil et de la reconstruction après un traumatisme, lequel est dû autant aux drames provoqués par l'explosion soudaine de violence, qu'au poids de la part de responsabilité que chacun porte dans le déroulement des évènements.

En résumé, une série qui mérite le détour tant pour son sujet que pour la justesse de son approche humaine et psychologique. Et la preuve qu'on trouve des séries intéressantes jusqu'en Estonie !

Lire les 4 réactions

Lundi 07 Mai 2012

Tranquillement, le CSA proposa de tuer la fiction française...


Spin-Off   Type : Tribune   Tags : csa, fiction française, concurrence, canal
14h00 - 4 
Nouvelle chronique et pas de n'importe quel chroniqueur : il s'agit de Sullivan Le Postec qui dirige le site spécialisé dans la fiction européenne, Le Village. Ceux qui nous connaissent savent que nous partageons avec Le Village un point de vue assez similaire sur la fiction française. Cette fois-ci, Sullivan a réagi vivement - et il a raison - aux informations publiées par Le Point concernant le CSA, qui souhaite réguler de manière anti-productive Canal+, et, par effet domino, l'ensemble de la fiction française. Nous publions ici son texte avec son aimable autorisation. A lire précieusement.
Au détour de propositions à l’emporte-pièce, téléguidées depuis les conseils d’administration de M6 et TF1, le CSA se fait l’avocat de mesures qui organiseraient la fin de toute fiction française ne serait-ce qu’un peu ambitieuse. Largement de quoi s’interroger sérieusement sur la pertinence de cette institution.

Les recommandations adressées par le CSA à l’Autorité de la Concurrence, au sujet de Canal+ dans le dossier du rachat de TPS, sont ahurissantes de bêtise. On comprend mieux pourquoi le Paysage Audiovisuel Français donne autant le sentiment de marcher sur la tête : son organisme de régulation, très politique et pas du tout indépendant, est parfaitement incompétent sur les sujets qu’il est censé traiter. Tout intéressé aux parties de billard capitalistico-politiques à multiples bandes, il ne se pose jamais l’unique question qui devrait guider tous ses travaux : l’intérêt du téléspectateur. Il y a urgence à redéfinir les missions de la régulation de l’audiovisuel, et à fonder un successeur crédible au CSA.

Au départ, il y a l’Autorité de la Concurrence qui a pris Canal+ pour cible, d’abord en remettant en cause son rachat de TPS, ensuite en ouvrant une "enquête approfondie" sur le rachat en cours de Direct 8 et Direct Star. Dans les deux cas, la question de la concurrence est très mal posée : tant l’existence de deux réseaux parallèle de télévision par satellite que celle des microchaînes indépendantes de la TNT étaient des chimères, deux non-sens industriels instaurés par méconnaissance totale de l’audiovisuel français, de celui des pays équivalents, et au mépris de l’intérêt des spectateurs. Je traitais du sujet dans notre dernier Quinzo.

Selon un article du Point publié mardi, le CSA s’apprête à rendre un avis à cette Autorité de la concurrence, débattu hier mercredi 2 mai en plénière. Il s’agit d’une attaque en règle contre le groupe Canal+, visiblement téléguidée par M6 et TF1, ce qui est d’ailleurs anonymement reconnu dans un second article publié mercredi par Emmanuel Berretta. Le journaliste du Point rapporte : "'Certains ici veulent tuer Canal+ !' souffle-t-on dans les services du CSA, où l’on dénonce l’emprise des groupes TF1 et M6."

Mise à jour :
On pourra noter que le CSA annonce ce jour sur son site porter plainte pour "violation du secret professionnel" suite à la publication de ces informations dans le Point, confirmant ainsi implicitement la véracité des faits rapportés par Emmanuel Berretta.

Tout cela ne serait qu’un énième épiphénomène des jeux de pouvoir politico-financiers qui secouent le Paysage Audiovisuel Français depuis des décennies, l’ancrant au passage dans la médiocrité, si une des recommandations du Conseil supérieur de l’audiovisuel, totalement inconsciente des réalités, ne signait pas ni plus ni moins l’arrêt de mort de la fiction télévisée française un minimum ambitieuse, sauf à la faire reposer entièrement sur les épaules du Service Public — ce dont il n’a ni la volonté, ni les moyens.

Le Point rapporte que "concernant les téléfilms, le CSA souhaite qu’ils puissent circuler plus rapidement auprès d’autres chaînes. Canal+ se verrait ainsi imposer de libérer les droits d’exploitation de manière anticipée à l’issue de la dernière diffusion sur son antenne. En somme, quand Canal+ diffuse la série Mafiosa, TF1 ou M6 doivent pouvoir la retransmettre. Canal+ ne peut pas la bloquer". On ne cherchera pas loin pour trouver la source de cette proposition ahurissante : Nicolas de Tavernost, patron de M6, l’a faite publiquement en octobre. En l’adaptant au niveau, très bas, des ambitions de la télévision bas de gamme façon M6 naturellement : ce qui intéresse de Tavernost, c’est H, pas Mafiosa...

Pourquoi cette proposition est-elle aussi dangereuse ? Comment achèverait-elle d’enterrer tout espoir de séries françaises de qualité ? Tout simplement parce qu’elle consacrerait, en l’amplifiant, un système français profondément déséquilibré qui porte dans son organisation structurelle la quasi impossibilité d’une fiction ambitieuse, c’est-à-dire une fiction qui engage le spectateur plutôt que de l’indifférer. Pour comprendre, il faut revenir un peu dans le passé.

Un système profondément déséquilibré

Tout commence dans les années 80. Le législateur décide alors que la production de fiction et de documentaire devra recourir à des "producteurs indépendants", et il ne fait pas les choses à moitié, décidant que 100% de la production devra ainsi être externalisée.

Une position aussi dogmatique est assez insensée. En Grande-Bretagne, par exemple, le système est mixte. La BBC peut recourir à un producteur indépendant — par exemple Kudos qui lui fournit Spooks (MI-5), entre autres —, ou tout aussi bien autoproduire en interne — c’est le cas de Doctor Who et du soap Coronation Street. L’exemple n’est pas anodin : externaliser la production de séries très longues en général, et d’un soap quotidien en particulier, est un non-sens total. France 3, qui a pris tous les risques financiers et s’est énormément investie créativement dans Plus Belle la Vie est à la merci de Telfrance qui, à chaque renouvellement de contrat tous les trois ans, peut la menacer d’aller vendre le soap à la chaîne d’à côté si elle n’accepte pas ses exigences — comme des augmentations de budget dont rien ne va à l’écran mais tout dans la poche des actionnaires, par exemple. La seule chose qui protège France 3, c’est que le PAF soit si peu concurrentiel, un fait qui semble avoir échappé à la sagacité de l’autorité de la concurrence, qui veut contrer le seul acteur qui affiche une véritable politique concurrentielle.

Ces décrets des années 80 ne sont d’ailleurs sans doute pas pour rien dans le fait qu’il n’existe qu’un seul soap en France, et récent qui plus est, quand il y en a au moins trois ou quatre dans les pays alentours.

Mais les effets pervers de cette législation vont plus loin. C’est en effet là l’origine de la fiction-pantoufle à la française, conçue pour être d’un consensualisme absolu, par opposition à la fiction d’engagement, celle, addictive, qui passionne et que l’on retrouve dans les pays étrangers.

En effet cette obligation du recours à la production indépendante s’est faite dans un paysage qui n’était pas du tout préparé à cela.

Aux États-Unis aussi, la production indépendante est la règle. Sauf que là-bas, les producteurs, ce sont cinq ou six très gros studios, aux reins très solides. Ce système a donné naissance à une économie de la création télévisée particulièrement saine et favorable à l’innovation.

Au départ, le studio américain vend chaque épisode d’une série à perte. La chaîne le paye 60% de ce qu’il coûte réellement. La production d’une série est donc un pari : si elle est suffisamment réussie, si elle dure suffisamment longtemps, le producteur comblera cette perte, puis fera des bénéfices ultérieurement sur des marchés secondaires. La revente aux chaînes locales (ce qu’on appelle la Syndication) était la principale source de bénéfices au départ : il fallait qu’une série atteigne 100 épisodes pour que le studio soit sûr de faire des profits. Depuis, d’autres sources de revenus, comme les ventes à l’international, l’édition en DVD, et les droits dérivés pour le merchandising, sont apparues et sont devenus de plus en plus cruciales.

Mais une chose est claire : pour produire une série qu’on a envie de revoir en rediffusion, d’acheter en DVD, ou qu’on aime assez pour porter la casquette siglée de son logo, il faut impliquer le spectateur, provoquer l’addiction. Cette nécessité du producteur, le diffuseur peut s’y rallier, vu ce que ce système lui fait économiser sur sa facture : il remplit une heure de grille de programme pour 60% de son coût réel.

Peut-être que l’intention était de reproduire ce modèle en imposant la production indépendante en France ? Mais c’était oublier l’absence des studios. A la place, une myriade de petites sociétés. Eux n’ont pas les moyens de produire à perte pendant quatre années pour ensuite engranger des bénéfices. Du coup, l’indépendance de ces producteurs est toute relative. En réalité, les chaînes payent la quasi-totalité du coût des fictions, le producteur complétant un petit pourcentage via des systèmes publics : CNC ou aides de collectivités locales. Dans ce système né dans les années 80, le producteur français se rémunère à la marge. C’est à dire qu’il se fait payer par la chaîne un montant 10 pour une fiction qui lui en coûte 9. Une activité totalement sans risque pour la société de production, ce qui va d’autant plus provoquer leur opportuniste pullulement.

Le seul véritable danger, c’est de devoir déposer le bilan si on n’a pas une nouvelle commande de fiction l’année suivante. Pour contrer ce danger, on inventa l’obligation pour le Service Public, jamais écrite, toujours appliquée, de répartir ses commandes pour assurer la survie de tout le monde. Concrètement, si deux producteurs arrivent chez France 2, le premier avec deux très bons projets de série, le deuxième avec deux très mauvais, la chaîne va devoir en acheter un bon et un mauvais pour répartir “équitablement” ses commandes, plutôt que d’acheter les deux bons du premier.

On le voit bien, par mépris de la manière dont les règles économiques influent sur la création, on a créé ainsi un antisystème profondément hostile à la création, à la qualité et à la progression du média.

Puisqu’elles financent entièrement les fictions, les chaînes ne considèrent que leur intérêt propre. Quel est-il ? Uniquement réaliser l’audience maximale pour pouvoir vendre les espaces publicitaires le plus cher possible. C’était d’autant plus facile dans le PAF peu fourni en chaînes des années 80. On invente alors cette fiction pantoufle qui ne provoque certes pas l’adhésion, mais divertit gentiment sans jamais gêner le spectateur, et donc sans qu’il ne soit jamais poussé à zapper. Personne n’aura jamais envie d’acheter « Navarro » en DVD, encore moins de porter la casquette, mais TF1 s’en fiche puisqu’elle ne gagne pas son argent comme ça. Le bilan culturel de cette télévision de la charentaise, en cours à partir des années 80, est proche du néant.

Aggraver le mal

La recommandation du CSA, si elle devait être appliquée, est de nature à aggraver encore ces graves déséquilibres, en tuant dans l’œuf le petit ré-équilibrage en faveur de la fiction de qualité, la fiction d’adhésion, apparue ces cinq dernières années.

En effet, si Canal+, malgré ces conditions très défavorables, a décidé de se lancer dans la création de séries provoquant l’adhésion de leurs téléspectateurs, ce n’est pas pour la beauté de l’art : le groupe n’est pas une entreprise à but non-lucratif. Ce choix stratégique est la conséquence d’un diagnostic que nous partageons, au Village. La mondialisation de la télévision, via la télévision connectée, est en marche. Les lignes Maginot qui ont protégé l’antisystème français vont forcément céder à brève échéance.

Les chaînes françaises pourront-elles attirer les spectateurs avec des acquisitions étrangères, comme Les Experts, si elles sont disponibles également sur Hulu ou Google TV, probablement plus tôt que la date à laquelle les chaînes françaises les auraient programmées ? Vraisemblablement non. Pour répondre à cette menace inévitable, Canal + considère que produire ses propres fictions haut de gamme, et en conserver l’exclusivité, est le moyen d’affirmer son identité, d’ancrer sa marque, et de retenir les téléspectateurs. C’est une politique aussi ambitieuse que nécessaire.

Il est bien évident que si Canal se trouve obligée de céder les droits de rediffusion à n’importe quelle autre chaîne, et que ses séries se retrouvent n’importe où ailleurs un ou deux ans après leur diffusion originale, le bénéfice d’image pour la marque Canal+ est dilué, voire supprimé.
Le seul, tout petit, très peu puissant, moteur qui arrive encore à imprimer quelque mouvement au développement ankylosé de la série française de qualité, serait noyé.

C’est d’autant plus absurde que les fictions Canal sont loin d’être inaccessibles. Elles sortent systématiquement en DVD dans les jours suivant la fin de leur diffusion. A leur place, je retarderais ces sorties et ferais monter en gamme les coffrets pour amplifier la valeur de ces séries, qu’elle vend pour l’instant sur les étals comme des produits de consommation courante. (Rien à voir, par exemple, avec un coffret DVD HBO.)

Le CSA, l’autorité de régulation de la télévision française, se comporte en agent dérégulateur et démobilisateur, et travaille concrètement à l’affaissement de la qualité de la télévision française. Je le dis avec d’autant plus de force qu’on ne pourra pas nous faire le reproche d’être des laudateurs perpétuels de Canal+. Depuis deux ans, nos critiques sur leur politique de Création Originale ont dépassé nos compliments, ils en sont même un peu fâchés.

L’avis du CSA n’est que consultatif. Mais vu l’acharnement incohérent et inconséquent de l’Autorité de la Concurrence sur Canal+, on peut légitimement s’inquiéter.

La politique audiovisuelle française doit retrouver un cap, un objectif clair, comme nous l’exprimions, avec quelques pistes, dans notre tribune récente (Médias : volontarisme, ambition et pragmatisme doivent être le cœur d’une politique de gauche). L’intérêt du spectateur et l’augmentation de la qualité des programmes me paraissent un objectif aussi évident qu’éminemment respectable.

Cet objectif clairement affiché, il faudra recréer des autorités de régulation à la fois indépendantes et compétentes — quand le CSA actuel n’est ni l’un, ni l’autre — pour en organiser l’application.

La tâche est ambitieuse mais surtout, elle est cruciale si la France veut garder une place dans le paysage culturel mondial.

Sullivan Le Postec

PS : Nous voulons par ailleurs rendre hommage au Village dont l'équipe a annoncé sa fermeture cet été. C'est une lecture qui nous manquera.
Lire les 4 réactions

Mercredi 02 Mai 2012

Les 10 séries TV les mieux notées de Avril 2012


Spin-Off   Type : Site   Tags : meilleures séries, top, avril 2012
19h30 - 18 
Si le mois d'avril marque de gros changements dans le top 10 des séries, c'est pourtant un mois qui s'est déroulé sous le signe de la constance, un peu à la François Hollande. Au total, vous avez publié 10339 notes (contre les quasi-similaires 10362 en mars) pour une moyenne de 12,2 (même chose en mars).

Top séries les mieux notées en Avril 2012 (20 notes minimum)

Assez surprenant, c'est l'irruption de Fringe qui n'apparaissait même pas dans le top 20 en mars. Raison ? Un épisode 4.19 qui semble vous avoir enchanté. Game of Thrones, de son côté, s'installe, et probablement pour quelque temps, sur le podium. Elle est suivie par Mad Men qui devrait l'accompagner pendant pas mal de semaines également. A noter la belle quatrième place de Mafiosa, première série française à intégrer ce top 10 mensuel depuis sa création au début de l'année.

1. Fringe (Fox) : 13,9
2. Game of Thrones (HBO) : 13,7
3. Mad Men (AMC) : 13,6
4. Mafiosa (Canal+) : 13,5
5. Ringer (CW) : 13,3
6. Once Upon a Time (ABC) : 13,1
7. Raising Hope (Fox) : 12,9
8. The Big Bang Theory (CBS) : 12,9
9. How I Met Your Mother (CBS) : 12,9
10. Community (NBC) : 12,9

Et aussi : The Big C (Showtime) à 12,7, Supernatural (CW) à 12,6, Revenge (ABC) à 12,4, The Vampire Diaries (CW) à 12,2, South Park (Comedy Central) à 12, Don't Trust the B---- in Apartment 23 (ABC) à 11,9, Hart Of Dixie (CW) à 11,9, Cougar Town (ABC) à 11,9, The Killing (AMC) à 11,8 et Grey's Anatomy (ABC) à 11,7.


Top épisodes les mieux notées en Avril 2012 (10 notes minimum)

1. Mad Men 5.05 : 15
2. Fringe 4.19 : 15
3. Ringer 1.22 : 14,5
4. Mad Men 5.06 : 14,4
5. Game of Thrones 2.04 : 14,3
6. Game of Thrones 2.01 : 14
7. Community 3.17 : 13,9
8. Mad Men 5.07 : 13,8
9. South Park 16.05 : 13,7
10. Fringe 4.20 : 13,7

Et aussi : Game of Thrones 2.03 à 13,7, Game of Thrones 2.02 à 13,7, One Tree Hill 9.13 à 13,6, Happy Endings 2.21 à 13,6, Raising Hope 2.22 à 13,5, Mad Men 5.04 à 13,4, The Big Bang Theory 5.22 à 13,3, Once Upon a Time 1.20 à 13,3, The Big C 3.01 à 13,3 et Fringe 4.18 à 13,3.
Lire les 18 réactions

Lundi 23 Avril 2012

The Hour : naissance du journalisme télévisuel moderne


The Hour   Type : Tribune   Tags : the hour, critique, astiera
14h15 - 6 
La nouvelle série britannique The Hour est en train de faire le tour du monde. Cette semaine, l'acteur Dominic West a notamment fait le déplacement au festival Series Mania pour en parler. Astiera, qui s'occupe du blog Seriesaddict-sowhat nous partage sa passion pour cette série et rappelle les liens entre la télévision et la nouvelle forme de journalisme qui a été engendrée.
Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je vais te parler de mon dernier coup de cœur, j’ai nommé la british The Hour. Et oui, encore une série britannique. Mais il faut bien reconnaître qu’ils sont particulièrement talentueux outre-Manche et en cette saison 2011-2012 américaine bien pauvre en surprises, cela remonte le moral.

1956. Une nouvelle émission de la BBC voit le jour : The Hour. Produit par l’ambitieuse Bel Rowley (Romola Garai), présenté par le charismatique Hector Madden (Dominic West) et préparé par une équipe de journalistes passionnés à l’image du tempétueux Freddie Lyon (Ben Whishaw), ce programme veut révolutionner la manière d’informer. Le tout sur fond de crise du canal de Suez, de complot, d’agent du MI-6 et d’espions soviétiques.

Tout dire et tout montrer de ce monde en plein bouleversement

Le grand intérêt de The Hour, en dehors d’une très bonne écriture et d’un casting irréprochable, est de montrer un monde en plein changement à travers le regard des journalistes. La guerre est finie mais de grands enjeux planent : guerre froide naissante, décolonisation, aspiration des peuples à être libres, interrogation des citoyens sur le fonctionnement de leurs démocraties. Avant la naissance de The Hour, les journaux de la BBC se limitaient à un présentateur dictant un texte sur des images. Un texte toujours lisse, optimiste. Des sujets consensuels, évitant avec soin tout ce qui dérange. Mais le monde change, les hommes changent, les journalistes changent. Une nouvelle génération est là et bien là et n’aspire qu’à une seule chose : montrer ce qu’il se passe d’important dans le monde en toute transparence et en étant sur le terrain. The Hour fait donc la place belle aux reportages, mais aussi aux interview sans concession. Bien sûr, elle est diffusée en direct.

Cette nouvelle façon de faire du journalisme à cette époque n’était pas seulement propre à l’Angleterre. La France a aussi connu cette révolution.

En 1958, Pierre Corval, rédacteur en chef adjoint du journal télévisé s’exprime ainsi : « La première manière de faire de l’information télévisée, c’est de dépêcher sur les lieux de l’événement un cameraman. » (Hervé Brusini et Francis James, Voir la vérité : le journalisme de télévision – PUF, collection Recherches politiques, 1982). Il résume parfaitement la philosophie journalistique de l’époque : l’importance primordiale du terrain. Cette importance du terrain est d’autant plus grande que les journalistes partent loin pour couvrir de grands événements : guerre d’Algérie, guerre du Viêt Nam, guerre d’indépendance au Congo belge et bien d’autres encore. Les téléspectateurs découvrent souvent une réalité qu’ils n’avaient encore jamais eu la possibilité d’approcher auparavant.

Mais, en France,  il est une émission qui va révolutionner le reportage à la télévision. Il s’agit de Cinq colonnes à la Une créé en 1959 autour de l’équipe composée de Pierre Lazareff, grand homme de presse et fondateur de France Soir, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère. Ce programme n’invente pas le reportage, mais synthétise à lui seul la manière d’informer de l’époque. « Pendant les deux heures de sa diffusion, il apparaît comme le produit le plus achevé et le plus significatif de l’information télévisée des décennies 50 et 60. À le regarder se dérouler, on voit la manière dont la télévision fait et fera du journalisme jusqu’en 1965. Il en est le raccourci et le condensé. Il résume cette période en un mot : reportage. Mais le magazine n’introduit pas cette technique à la télévision ; c’est le reportage qui impose Cinq colonnes à la Une comme le type de l’émission d’information » (Hervé Brusini et Francis James, Voir la vérité : le journalisme de télévision – PUF, collection Recherches politiques, 1982). L’émission devient emblématique de cette nouvelle télévision et a marqué les esprits : « [..] Pierre Desgraupes (ORTF, Cinq colonnes à la Une) [figurait] parmi ces individus dont le seul dynamisme était propre à contraindre leurs organisations respectives à affronter les risques qui permettraient au journalisme de s’imposer dans le monde de l’audiovisuel. Ils créèrent des magazines d’information là où, auparavant, il n’y avait qu’un présentateur lisant un bulletin préparé ou une dépêche d’agence. [..] Ils obligèrent la technique à servir leurs fins créatrices à mesure qu’elle progressait » (Anthony Smith, The shadow in the cave, 1973).

Plus récemment, une émission du service public est revenu sur les traces de son illustre aînée.

Envoyé Spécial renoue, dès son premier numéro, le 18 janvier 1990, avec le grand reportage à la télévision en première partie de soirée. Il suffit tout d’abord de se référer à la bande-annonce du premier numéro diffusée le 18 janvier 1990 : « Découvrir, expliquer pour mieux comprendre. Vivez l’événement en direct. Chaque jeudi, un grand magazine de reportage à 20 heures 35. Chaque semaine, le monde est en marche dans Envoyé Spécial. Envoyé Spécial, un regard qui sait prendre son temps. Envoyé Spécial, partout où le monde bouge. » Au moment de la création d’Envoyé Spécial, le genre du reportage devait retrouver ses lettres de noblesse. « Nous avons décidé qu’il manquait sur la chaîne un magazine de reportage en prime time à 20 h 30, et vous en serez responsables. Vous avez trois semaines pour le mettre à l’antenne. » (Jean-Noël Rey, Envoyé Spécial : rigueur et austérité. Cinémaction n °84, mai 1997). Jean-Michel Gaillard, directeur général d’Antenne 2 s’est exprimé ainsi à Paul Nahon et Bernard Benyamin au moment de la création d’Envoyé Spécial. Et les deux présentateurs de l’époque ont tout de suite mesuré le défi que représentait un tel programme. « [..] À la télévision française, on n’avait plus fait de magazine d’information, ni en prime time, ni en deuxième partie de soirée depuis Cinq colonnes à la Une. Tout était à réapprendre ». (Bernard Benyamin). « Il faut dire qu’à l’époque, la télévision-spectacle battait son plein avec des émissions de variétés et de divertissement [..]. Dans cette atmosphère de frivolité qui caractérisait alors les programmes, nous avions l’impression d’être en complet décalage et de porter sur nos épaules toute la misère du monde. » (Paul Nahon).

Le rapport médias/pouvoir, l’un des enjeux de la démocratie

L’autre grand intérêt de The Hour est de dépeindre la relation complexe qu’entretiennent médias et pouvoir. Relation d’autant plus complexe lorsqu’il s’agit d’un média contrôlé par l’État.

Dans un état totalitaire, la question ne se pose pas : la liberté de la presse n’existe pas. Dans une démocratie, cela n’est pas aussi simple : oui, les médias sont libres, mais jusqu’à quel point ? Les journalistes de The Hour peuvent-ils tout dire, toute montrer sans en subir les conséquences ? Durant cette période trouble, les gouvernements cherchent avant tout à maîtriser les événements et à garder les citoyens dans l’illusion que tout est sous contrôle.

Cela est-il si différent aujourd’hui ? On serait tenté de penser qu’avec l’explosion d’Internet et de l’instantanéité de l’information, il est possible de savoir exactement ce qu’il se passe n’importe où dans le monde. C’est vrai. Mais la communication des gouvernements n’en est que plus renforcée plus contrôlée. Ce sont les “communicants” qui font les agendas des journalistes, qui décident des thèmes qui seront débattus, qui coachent hommes et femmes politiques avant d’entrer dans l’arène médiatique. Si cette dimension vous intéresse, je ne peux que vous recommander de découvrir la série politique danoise Borgen (pour tout savoir de cette réussite, lisez la critique de la saison 1 signée Livia sur My TV is rich). Il est d’ailleurs intéressant de voir dans The Hour et Borgen deux situations quasi identiques, dans lesquels le pouvoir veut avoir un droit de regard sur des interviews.

Au-delà de cette place de la communication dans l’exercice du pouvoir, le citoyen peut toujours (et doit) s’interroger sur la manière d’informer dans la société dans laquelle il vit. Rappelez-vous les affaires Bettencourt et Karachi [ND Manuuu : dont la révélation a été précédée par la saison 2 de Reporters], les rédactions cambriolées, les relevés téléphoniques de journalistes passés au crible afin d’identifier des sources. Et même si l’ORTF est de l’histoire ancienne, la président de France Télévisions est nommé par le président de la République. Sans compter l’autocensure.Une seule chose à retenir : être toujours vigilant.

Bel, Hector, Freddie : ambition mon amour

Je ne peux décemment pas écrire un billet sur The Hour sans en dire plus sur le magnifique trio qui la porte.

Bel Rowley est une jeune femme remarquable : belle, intelligente, compétente, elle se retrouve aux manettes de l’émission qui va enfin lui donner une carrière. Très moderne, elle refuse de rentrer dans les cases que la société a façonnées pour elle : épouse, maîtresse, malléable. Elle doit s’imposer dans ce monde d’hommes, mais ne le fait jamais en agissant comme un homme. Elle est une femme et ne prétend rien d’autre. Bel ne prétend qu’à une seule chose : être respectée.

Hector Madden est le visage de The Hour. Charismatique et doté d’un charme désarmant, il veut lui aussi exister par lui-même. Marié à une riche héritière, il doit beaucoup à son beau-père. Et voilà bien ce qui l’encombre. Ce mariage de raison ressemble de plus en plus à une cage dorée, surtout lorsqu’il croise la route de Bel. Mais son ambition le pousse aussi à voir son intérêt personnel : quelle attitude adopter alors que les pressions se font chaque semaine un peu plus fortes ?

Freddie Lyon est un homme passionné et donc un journaliste pugnace. Toujours sur la brèche, il ne peut se contenter de parler des infos locales, alors que le monde est en plein bouleversement. Habité par une soif de vérité, il est prêt à tout pour qu’elle éclate. Freddie est également un jeune homme complexe, tiraillé par un sentiment d’infériorité de son milieu social et son envie de montrer de quoi il est capable. De faire quelque chose de sa vie, de gravir les échelons, d’obtenir de la reconnaissance. Sa relation amour/amitié/jalousie qu’il entretient avec Bel est touchante. L’interprétation de Ben Wishaw (comme celle de tout le casting) est impressionnante.


Astiera
Lire les 6 réactions

 < Actualités TV précédentes   

 
PROGRAMME SERIES TV
 

RESEAUX SOCIAUX SPIN-OFF.FR
Sur Twitter

 

DERNIÈRES VIDÉOS
The IT Crowd saison 4 21/05
Arrow 18/05
Teen Wolf (2011) saison 2 18/05
Cult 18/05
Trafics 1.02 18/05
Trafics 1.01 18/05
Political Animals 18/05
 

EN DIRECT DES FORUMS
Spin-off.fr rinker le 20/05 à 23:26
Ajout des Films d'une série
Discussions générales peach le 20/05 à 13:45
Help !
Nouvelles séries Manuuu le 10/05 à 11:38
Ajout de série
Spin-off.fr Shabby le 05/05 à 13:01
Proposition
Discussions générales Shabby le 02/05 à 12:06
Article sur "la fin d'une sériphili...
Forum séries TV 
 

SELECTIONNES PAR LA REDACTION
 rinker - Grey's Anatomy 8.24
 Robin333 - Grey's Anatomy 8.24
 toma - Clash 1.02
 Tyra - Mad Men 1.01
 Marc-Antoi... - Spartacus: Blood and... 2.10
 lysmarck - Bref 1.54
 codebabar - The Walking Dead 2.13
 nathstv - Bref 1.54
 

DERNIÈRES SÉRIES AJOUTÉES
  Trafics
  Political Animals
  Emily Owens, M.D.
  Cult
  The Carrie Diaries
  Beauty & The Beast
  Arrow
  Vegas
  Partners
  Made In Jersey
  Golden Boy
  Friend Me
  Elementary
  Zero Hour
  Red Widow
  The Neighbors
  Nashville (2012)
  Malibu Country
  Mistresses (2013)
  Last Resort
 

DERNIERS ÉPISODES AJOUTÉS
Breaking Bad 5.01
The Secret Life of the American Teenager 4.23
Veep 1.08
Veep 1.07
Veep 1.06
Teen Wolf (2011) 2.01
Trafics 1.06
Trafics 1.05
Trafics 1.04
Trafics 1.03
 

 

   
 
Aide : A propos - Mentions légales - Contact - Flux RSS
Partenaires : Actu des stars - Jeux Vidéo 24/7 - Sur vos écrans - Buzz - Actu ciné
Copinage : Créez votre billetterie en ligne - Le Village - Outils référencement - Scénaristes en Séries
Plan du site :
Actualités des séries : Critiques - Actualites - Podcasts - Interviews - Dossiers - Forum des séries - Calendrier diffusion - Prochaines diffusions
Les séries : Séries TV - Les plus consultées - Les mieux notées - Les mieux notées par mois - Les mieux notées cette saison - Les moins bien notées - Les moins bien notées par mois - Les moins bien notées cette saison
Les épisodes : Les plus consultés - Les mieux notés - Les mieux notés par mois - Les mieux notés cette saison - Les moins bien notés - Les moins bien notés par mois - Les moins bien notés cette saison