Si vous suivez un peu le site, vous savez pertinemment que cette année, on attend deux grosses séries sur France 2. Il y a d'abord Signatures, imaginée par Hervé Hadmar à qui l'on doit Pigalle, la nuit (il termine la post-production de la série à la fin du mois), et puis il y a Les Beaux Mecs où l'on a pu voir hier les deux premiers épisodes.
L'entame. Antoine Roucas, alias Tony le dingue (joué par l'exceptionnel Simon Abkarian, et j'insiste sur exceptionnel), est en prison depuis une vingtaine d'années. On ne sait pas encore exactement ce qu'il a fait mais c'est un vieux de la vieille, respecté de tous, même des matons. Alors que son compagnon de cellule, une racaille, trouve un moyen de se faire la belle, il aperçoit à la télévision un visage qu'il reconnait. Il prend vite la décision de suivre le petit jeune qui a pris un gardien en otage pour s'échapper. Le générique démarre sur leur fuite.
Le ton. Dans les grandes lignes, il s'agit a priori d'un drama. La scénariste Virginie Brac et le réalisateur Gilles Bannier l'expliquaient avant la projection, il s'agit même d'une série de truands inspirée des films de Scorsese & co. D'ailleurs, le personnage principal est appelé Tony en hommage au papa Soprano. Dans les faits pourtant, à en juger par l'épisode 2, on se rapproche plutôt d'un buddy show façon Breaking Bad. Car Tony, après toutes ces années passées derrière les barreaux, n'a plus rien. Plus d'amis, qui se sont tous rangés, et plus d'argent à l'exception d'une liasse de quelques billets de 500 francs cachée dans l'une de ses planques. Forcément, en 2010, ils ne lui serviront pas à grand chose. Du coup, il se voit forcé de trainer avec trois jeunes (son compagnon de cellule et les deux complices qui leur ont filé un coup de main pour s'échapper) issus de banlieues, insouciants, qui ne pensent qu'à s'acheter une grosse bagnole ou faire une putain de fête de lendemain d'un casse pour griller tout l'argent récolté. La dynamique est donc exactement la même que celle entre Walter White et Jesse Pinkman et cela fourni les meilleures scènes de deux épisodes, notamment grâce aux dialogues à se tordre de rire et au jeu d'acteurs des racailles (désolé, j'ai absolument pas retenu leurs noms).
Lost. L'une des particularités de la série, c'est qu'elle parle de plusieurs époques en même temps. Il y a la storyline dans le présent puis une autre dans le passé où l'on suit Tony gravir les échelons dans le milieu du grand banditisme. Les transitions passé / présent rappellent un peu Lost car elles sont amorcées soit par l'état émotionnel de TonyPrésent, soit par le lieu d'un endroit qu'il visite et qui lui rappelle le TonyPassé. Ainsi, par exemple, TonyPrésent face à une fenêtre regarde la rue en contrebas. Plan suivant, la caméra est placé là où se trouvait TonyPrésent. Dans la rue, on voit un jeune homme habillé façon années 60 : c'est TonyPassé qui fait le beau du haut de sa vingtaine. Je ne peux pas en dire plus de peur de spoiler mais le pilote est un peu plombé, sur la dernière demi-heure, par une storyline qui prend heureusement fin dans l'épisode 2. Ceci dit, ce pilote est vraiment assez concernant sur les 20 premières minutes pour avoir envie de voir la suite. Mais dès l'épisode 2, la promesse de cette improbable association est tenue entre des jeunes fougueux et maladroits (tomber en panne d'essence après un casse parce que l'un d'eux a oublié de faire le plein) et un homme expérimenté qui se voit obligé de reprendre tout depuis le début. Une sorte de Pascal le grand frère. Mais en moins déprimant quand même.
En bref. La série parle d'un monde de bandits, de mafieux. Ce n'est pas ce qui m'intéresse. J'ai mis environ 2 ans à mater la saison 1 des Soprano, c'est dire. En revanche, l'opposition générationnelle entre Tony et ses acolytes est à se pisser de rire. Du coup, vu l'absence de concurrence, Les Beaux Mecs s'impose comme la deuxième meilleure comédie de France 2, derrière Fais pas ci, fais pas ça. Alors qu'il s'agit d'un vrai drama bien filmé et qui vous rend fier de payer votre redevance (précisons-le quand ça arrive, c'est tellement rare).
PS : officiellement, selon la représentante de France Télévisions, la diffusion est prévue "au printemps". Ceci dit, la présentatrice de la soirée a lâché une info qu'elle n'était pas du tout censée dévoiler. C'est-à-dire que la diffusion est prévue pour le 9 mars. Du coup, maintenant qu'on l'a écrit et que les chaines concurrentes sont au courant, peut-être que France 2 va changer la date.
PS2 : Au fait, j'attends toujours les cartons de bonne année de la part des programmateurs de France 2.
| « FIPA : Des fous qui revendiquent leur dignité | Le grand bilan de l'année 2023 : séries, épisodes, membres, choix de la rédaction » |