Douze.
Grey's Anatomy s'y abonne.
On parle là d'une série qui est capable de se laisser aller à une routine de façon incroyable. Si c'est aussi une des seules séries grand-public à s'essayer aussi régulièrement à des exercices de style malgré les réticences de 98% de ses téléspectateurs, ce qui est tout à son honneur, le reste du temps, elle ne fait que deux choses : des épisodes "événements" pour dynamiser un peu le tout, et des épisodes routiniers.
Ces épisodes routiniers, celui-ci en est un, bien évidemment. On garde la recette qui fonctionne à peu près : des scènes de complicité entre les personnages (pierre papier ciseau), des histoires de patients assez interminables qui résonnent comme par hasard avec celles des soignants (personnellement, travaillant à l'hôpital, ce n'est pas toutes les semaines que j'ai des prises de conscience en suivant mes patients, mais soit.), des couples qui se font et se défont. La formule est efficace, cela dit, alors pourquoi s'en priver ?
Parce que depuis cette saison, Grey's Anatomy a perdu quelque chose : quelque chose à raconter. Parce que voilà, c'est fait : les personnages sont arrivés au maximum de leur évolution. Cristina s'est assagie (surtout face à son alter ego de l'épisode précédent!), même si l'on s'entête à la faire revenir en arrière pour avoir des choses à dire. Meredith est devenue heureuse, et son évolution notoire a été très bien menée autour de la série. Callie et Arizona ont atteint ce stade du couple qui a eu son quota d'emmerdes et qui maintenant représentera l'amour parfait au sein de la série. Voilà maintenant que même Bailey a trouvé chaussure à son pied, quelqu'un qui sache faire pour elle ce qu'elle n'a jamais su faire : gérer sa vie professionnelle et amoureuse à la fois.
Pour ces personnages et quelques autres, on piétine, on piétine. On fait semblant d'avoir des choses à leur faire dire, on les fait évoluer dans des situations parce que oui, ils fonctionnent bien, alors regardons les parce que nous y sommes attachés. Et cela marche, je ne dis pas le contraire. Mais ils n'ont plus de force, ils ne sont plus vraiment habités. C'est comme assister à une suite inutile.
Alors, oui, il reste quelques protagonistes pour lesquels tout n'est pas encore réglé. Mais la tournure que les événements prendront est évidente pour tout le monde, on attend juste le prochain épisode événementiel, a priori le final, pour tout terminer: Richard prendra ENFIN sa retraite. Lexie et Mark, surprise, se remettront ensemble. Jackson et April finiront bien par se trouver, par faute d'autres personnages pour les caser. Cristina et Owen répareront leur mariage. Et Teddy finira son deuil et pardonnera à Owen. La seule interrogation, vraiment, concerne Alex et personne dans l'équipe scénaristique ne semble s'en soucier vraiment.
Grey's Anatomy fonctionne, et cette saison témoigne du beau chemin narratif qu'elle a fait parcourir à ses personnages, arrivés à leur zénith pour la plupart. Mais il faut savoir s'arrêter, aussi suis-je atterré de voir Rhimes et ABC tenir à la reconduire pour l'année prochaine. Moi-même, je suis prêt à signer l'arrêt de mort d'une de mes séries préférées, juste parce qu'il est temps, et qu'autrement, on va droit dans le mur, comme tant d'autres séries avant elle qui se sont entêtées à poursuivre alors que toutes les histoires étaient terminées.
La série tient là une belle fin. Elle sera défigurée de ne pas en profiter.