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 25/05 - 09h41 : Le créateur de Awake, Kyle Killen, revient dans une interview sur l'écriture de la série et sur sa fin.
 18/05 - 16h04 : La créatrice de Grey's Anatomy a admis n'avoir "pas aimé" écrire l'épisode final de la saison 8.
 18/05 - 14h41 : Selon Le Parisien, la saison 2 de Borgia a coûté 30 millions d'euros à Canal+ et à ses producteurs.
 13/05 - 19h43 : Un troisième trailer de The Newsroom, prochaine série d'Aaron Sorkin, est disponible.
 12/05 - 13h05 : La CW a commandé une sixième saison de Gossip Girl. Elle a indiqué qu'elle sera la dernière de la série.
 11/05 - 14h24 : Si vous en avez le courage, voici un lien permettant d'accéder aux séries chinoises de la CCTV sous-titrées en français.




Lundi 23 Avril 2012

The Hour : naissance du journalisme télévisuel moderne


The Hour   Type : Tribune   Tags : the hour, critique, astiera
14h15 - 6 
La nouvelle série britannique The Hour est en train de faire le tour du monde. Cette semaine, l'acteur Dominic West a notamment fait le déplacement au festival Series Mania pour en parler. Astiera, qui s'occupe du blog Seriesaddict-sowhat nous partage sa passion pour cette série et rappelle les liens entre la télévision et la nouvelle forme de journalisme qui a été engendrée.
Aujourd’hui, cher lecteur, chère lectrice, je vais te parler de mon dernier coup de cœur, j’ai nommé la british The Hour. Et oui, encore une série britannique. Mais il faut bien reconnaître qu’ils sont particulièrement talentueux outre-Manche et en cette saison 2011-2012 américaine bien pauvre en surprises, cela remonte le moral.

1956. Une nouvelle émission de la BBC voit le jour : The Hour. Produit par l’ambitieuse Bel Rowley (Romola Garai), présenté par le charismatique Hector Madden (Dominic West) et préparé par une équipe de journalistes passionnés à l’image du tempétueux Freddie Lyon (Ben Whishaw), ce programme veut révolutionner la manière d’informer. Le tout sur fond de crise du canal de Suez, de complot, d’agent du MI-6 et d’espions soviétiques.

Tout dire et tout montrer de ce monde en plein bouleversement

Le grand intérêt de The Hour, en dehors d’une très bonne écriture et d’un casting irréprochable, est de montrer un monde en plein changement à travers le regard des journalistes. La guerre est finie mais de grands enjeux planent : guerre froide naissante, décolonisation, aspiration des peuples à être libres, interrogation des citoyens sur le fonctionnement de leurs démocraties. Avant la naissance de The Hour, les journaux de la BBC se limitaient à un présentateur dictant un texte sur des images. Un texte toujours lisse, optimiste. Des sujets consensuels, évitant avec soin tout ce qui dérange. Mais le monde change, les hommes changent, les journalistes changent. Une nouvelle génération est là et bien là et n’aspire qu’à une seule chose : montrer ce qu’il se passe d’important dans le monde en toute transparence et en étant sur le terrain. The Hour fait donc la place belle aux reportages, mais aussi aux interview sans concession. Bien sûr, elle est diffusée en direct.

Cette nouvelle façon de faire du journalisme à cette époque n’était pas seulement propre à l’Angleterre. La France a aussi connu cette révolution.

En 1958, Pierre Corval, rédacteur en chef adjoint du journal télévisé s’exprime ainsi : « La première manière de faire de l’information télévisée, c’est de dépêcher sur les lieux de l’événement un cameraman. » (Hervé Brusini et Francis James, Voir la vérité : le journalisme de télévision – PUF, collection Recherches politiques, 1982). Il résume parfaitement la philosophie journalistique de l’époque : l’importance primordiale du terrain. Cette importance du terrain est d’autant plus grande que les journalistes partent loin pour couvrir de grands événements : guerre d’Algérie, guerre du Viêt Nam, guerre d’indépendance au Congo belge et bien d’autres encore. Les téléspectateurs découvrent souvent une réalité qu’ils n’avaient encore jamais eu la possibilité d’approcher auparavant.

Mais, en France,  il est une émission qui va révolutionner le reportage à la télévision. Il s’agit de Cinq colonnes à la Une créé en 1959 autour de l’équipe composée de Pierre Lazareff, grand homme de presse et fondateur de France Soir, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère. Ce programme n’invente pas le reportage, mais synthétise à lui seul la manière d’informer de l’époque. « Pendant les deux heures de sa diffusion, il apparaît comme le produit le plus achevé et le plus significatif de l’information télévisée des décennies 50 et 60. À le regarder se dérouler, on voit la manière dont la télévision fait et fera du journalisme jusqu’en 1965. Il en est le raccourci et le condensé. Il résume cette période en un mot : reportage. Mais le magazine n’introduit pas cette technique à la télévision ; c’est le reportage qui impose Cinq colonnes à la Une comme le type de l’émission d’information » (Hervé Brusini et Francis James, Voir la vérité : le journalisme de télévision – PUF, collection Recherches politiques, 1982). L’émission devient emblématique de cette nouvelle télévision et a marqué les esprits : « [..] Pierre Desgraupes (ORTF, Cinq colonnes à la Une) [figurait] parmi ces individus dont le seul dynamisme était propre à contraindre leurs organisations respectives à affronter les risques qui permettraient au journalisme de s’imposer dans le monde de l’audiovisuel. Ils créèrent des magazines d’information là où, auparavant, il n’y avait qu’un présentateur lisant un bulletin préparé ou une dépêche d’agence. [..] Ils obligèrent la technique à servir leurs fins créatrices à mesure qu’elle progressait » (Anthony Smith, The shadow in the cave, 1973).

Plus récemment, une émission du service public est revenu sur les traces de son illustre aînée.

Envoyé Spécial renoue, dès son premier numéro, le 18 janvier 1990, avec le grand reportage à la télévision en première partie de soirée. Il suffit tout d’abord de se référer à la bande-annonce du premier numéro diffusée le 18 janvier 1990 : « Découvrir, expliquer pour mieux comprendre. Vivez l’événement en direct. Chaque jeudi, un grand magazine de reportage à 20 heures 35. Chaque semaine, le monde est en marche dans Envoyé Spécial. Envoyé Spécial, un regard qui sait prendre son temps. Envoyé Spécial, partout où le monde bouge. » Au moment de la création d’Envoyé Spécial, le genre du reportage devait retrouver ses lettres de noblesse. « Nous avons décidé qu’il manquait sur la chaîne un magazine de reportage en prime time à 20 h 30, et vous en serez responsables. Vous avez trois semaines pour le mettre à l’antenne. » (Jean-Noël Rey, Envoyé Spécial : rigueur et austérité. Cinémaction n °84, mai 1997). Jean-Michel Gaillard, directeur général d’Antenne 2 s’est exprimé ainsi à Paul Nahon et Bernard Benyamin au moment de la création d’Envoyé Spécial. Et les deux présentateurs de l’époque ont tout de suite mesuré le défi que représentait un tel programme. « [..] À la télévision française, on n’avait plus fait de magazine d’information, ni en prime time, ni en deuxième partie de soirée depuis Cinq colonnes à la Une. Tout était à réapprendre ». (Bernard Benyamin). « Il faut dire qu’à l’époque, la télévision-spectacle battait son plein avec des émissions de variétés et de divertissement [..]. Dans cette atmosphère de frivolité qui caractérisait alors les programmes, nous avions l’impression d’être en complet décalage et de porter sur nos épaules toute la misère du monde. » (Paul Nahon).

Le rapport médias/pouvoir, l’un des enjeux de la démocratie

L’autre grand intérêt de The Hour est de dépeindre la relation complexe qu’entretiennent médias et pouvoir. Relation d’autant plus complexe lorsqu’il s’agit d’un média contrôlé par l’État.

Dans un état totalitaire, la question ne se pose pas : la liberté de la presse n’existe pas. Dans une démocratie, cela n’est pas aussi simple : oui, les médias sont libres, mais jusqu’à quel point ? Les journalistes de The Hour peuvent-ils tout dire, toute montrer sans en subir les conséquences ? Durant cette période trouble, les gouvernements cherchent avant tout à maîtriser les événements et à garder les citoyens dans l’illusion que tout est sous contrôle.

Cela est-il si différent aujourd’hui ? On serait tenté de penser qu’avec l’explosion d’Internet et de l’instantanéité de l’information, il est possible de savoir exactement ce qu’il se passe n’importe où dans le monde. C’est vrai. Mais la communication des gouvernements n’en est que plus renforcée plus contrôlée. Ce sont les “communicants” qui font les agendas des journalistes, qui décident des thèmes qui seront débattus, qui coachent hommes et femmes politiques avant d’entrer dans l’arène médiatique. Si cette dimension vous intéresse, je ne peux que vous recommander de découvrir la série politique danoise Borgen (pour tout savoir de cette réussite, lisez la critique de la saison 1 signée Livia sur My TV is rich). Il est d’ailleurs intéressant de voir dans The Hour et Borgen deux situations quasi identiques, dans lesquels le pouvoir veut avoir un droit de regard sur des interviews.

Au-delà de cette place de la communication dans l’exercice du pouvoir, le citoyen peut toujours (et doit) s’interroger sur la manière d’informer dans la société dans laquelle il vit. Rappelez-vous les affaires Bettencourt et Karachi [ND Manuuu : dont la révélation a été précédée par la saison 2 de Reporters], les rédactions cambriolées, les relevés téléphoniques de journalistes passés au crible afin d’identifier des sources. Et même si l’ORTF est de l’histoire ancienne, la président de France Télévisions est nommé par le président de la République. Sans compter l’autocensure.Une seule chose à retenir : être toujours vigilant.

Bel, Hector, Freddie : ambition mon amour

Je ne peux décemment pas écrire un billet sur The Hour sans en dire plus sur le magnifique trio qui la porte.

Bel Rowley est une jeune femme remarquable : belle, intelligente, compétente, elle se retrouve aux manettes de l’émission qui va enfin lui donner une carrière. Très moderne, elle refuse de rentrer dans les cases que la société a façonnées pour elle : épouse, maîtresse, malléable. Elle doit s’imposer dans ce monde d’hommes, mais ne le fait jamais en agissant comme un homme. Elle est une femme et ne prétend rien d’autre. Bel ne prétend qu’à une seule chose : être respectée.

Hector Madden est le visage de The Hour. Charismatique et doté d’un charme désarmant, il veut lui aussi exister par lui-même. Marié à une riche héritière, il doit beaucoup à son beau-père. Et voilà bien ce qui l’encombre. Ce mariage de raison ressemble de plus en plus à une cage dorée, surtout lorsqu’il croise la route de Bel. Mais son ambition le pousse aussi à voir son intérêt personnel : quelle attitude adopter alors que les pressions se font chaque semaine un peu plus fortes ?

Freddie Lyon est un homme passionné et donc un journaliste pugnace. Toujours sur la brèche, il ne peut se contenter de parler des infos locales, alors que le monde est en plein bouleversement. Habité par une soif de vérité, il est prêt à tout pour qu’elle éclate. Freddie est également un jeune homme complexe, tiraillé par un sentiment d’infériorité de son milieu social et son envie de montrer de quoi il est capable. De faire quelque chose de sa vie, de gravir les échelons, d’obtenir de la reconnaissance. Sa relation amour/amitié/jalousie qu’il entretient avec Bel est touchante. L’interprétation de Ben Wishaw (comme celle de tout le casting) est impressionnante.


Astiera
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Mardi 17 Avril 2012

The Walking Dead : comic book vs série tv


The Walking Dead   Type : Dossier   Tags : the walking dead, comparatif, amc, comic book, série tv
15h05 - 9 
Après un premier article sur Boss où il encensait la série de Starz, Samuel Bilboulian nous revient avec cette fois-ci une loupe à la main. Son objet d'étude ? The Walking Dead, la série télé, qu'il s'est amusé de décortiquer avec pour élément de comparaison, le comic book, dont elle s'inspire.
Avec The Walking Dead, AMC s’impose une fois de plus comme une chaîne audacieuse et populaire. Audacieuse parce qu’elle a beau être une chaîne financée en partie par la publicité qui donc prohibe généralement tout ce qui relève du sexe ou de la violence (verbale et physique), elle se permet de lancer la création d’une série de zombies et n’attend pas que ce soit une autre chaîne qui le fasse ! Populaire parce qu’elle a rassemblé en moyenne 5,2 millions de téléspectateurs lors de la première saison, puis 6,9 millions au cours de la deuxième.

Depuis les années 2000, les adaptations de comics ont suscité un engouement incroyable. Qui des supers héros les plus connus n’ont pas encore eu droit à leur adaptation sur le grand ou le petit écran? Plus largement, l’adaptation d’une œuvre littéraire est un phénomène très répandu que ce soit à la télévision ou au cinéma.

Alors, à l’occasion de la diffusion de l’intégralité de la saison 2 au festival Séries Mania qui se tient au Forum des images jusqu’au 22 avril 2012, voyons comment les auteurs de la série ont su gérer la distance avec l’œuvre originale...

Les origines
The Walking Dead a été publié pour la première fois en 2003 chez Image comics. Fondée en 1992 par sept artistes désireux d’avoir un contrôle absolu de leurs œuvres, cette maison d’édition se démarque des gros studios par sa volonté d’indépendance éditoriale. Deux principes fondamentaux forgent la philosophie de cette société : le créateur est le seul détenteur de son travail et aucun créateur de la société n’a le droit d’intervenir sur le travail d’un de ses collègues. Ces principes séduisirent un grand nombreux d’auteurs et même si au fil des ans la société connu des hauts et des bas, elle ne dérogea jamais à ces règles. C’est cette philosophie qui attira Robert Kirkman.

Une fois de plus, il collabore avec son ami d’enfance, l’illustrateur Tony Moore avec qui il a déjà travaillé sur Battle Pope et Brit. Remplacé en cours de route par le britannique Charlie Adlard pour qui c’est la première collaboration d’importance avec Kirkman, le succès de la série reste intacte. Ensemble ils publient 14 volumes de The Walking Dead dont le dernier est sorti il y a de ça quelques mois.

La représentation du zombie y est fidèle à celle de George A Romero. Ce sont des morts vivant cannibales qui contaminent leurs victimes par leurs morsures et menacent l’humanité. Cependant, la grande originalité de Kirkman est d’utiliser la menace zombie pour explorer la nature humaine au lendemain de l’effondrement de la société, en s’intéressant à la reconstruction d’un mode de vie. Kirkman jette un regard critique sur la société consumériste et la contraint à un retour à l’âge de pierre. Il ose un concept simple : une histoire de zombie qui ne se termine jamais (en réaction à toutes les fins de films de zombies qui se terminent soit par la fuite vers d’autres cieux, soit par la mort de l’humanité).

Après avoir été refusé par toute les chaînes, The Walking Dead trouve sa place sur AMC, notamment grâce à la soirée Fearfest que la chaîne programme chaque Halloween. Cette soirée marathon entièrement dédiée aux films d’horreur est une des meilleures audiences. La série intéresse donc AMC mais ce qui fait d’elle la chaîne idéale, c’est son audace ! Sur la base du script du pilote, elle commande six épisodes sans imposer la fabrication du premier. AMC demande néanmoins quelques corrections, notamment qu’on s’attarde plus sur les personnages.

Le travail de l’adaptation

Lorsqu’on décide d’adapter une œuvre littéraire pour la télévision, il est évident que l’œuvre adaptée va subir des transformations car on se situe sur deux différents médiums et une œuvre ne s’exprime pas de la même manière sur l’un ou l’autre. Ainsi, la grande question à laquelle le showrunner doit se confronter est : dans quelle mesure la série TV doit-elle être fidèle au comic book ?

L’adaptation suppose un travail du fond et de la forme. Pour ce qui est du fond, trois solutions s’offrent au showrunner :
  • suivre le comic pas à pas, scène par scène, le découper en séquences en respectant au maximum l’ordre des choses ;
  • dégager les scènes clés du livre, et bâtir un scénario sur cette base ;
  • prélever des matériaux (éléments d’intrigues, personnages, situations) et élaborer un scénario quasi original.
La présence de Robert Kirkman dans la writer’s room nous donne quelques indices de réponses sur le chemin emprunté. Dans une interview réalisée par Steven Sautter, Kirkman révèle que son principal rôle sur le show est de préserver la série pour qu’elle ne déçoive pas les fans qui ont rendu le comic book populaire et son adaptation possible. Pour son passage à la télévision, il a donc été décidé de reprendre le scénario et de conserver les événements les plus marquant. Autour de ça, de nouveaux personnages et de nouvelles intrigues qui n’existaient pas dans le comic book font surface. Comme dirait Kirkman : « La série est une sorte de version longue du comic ».

Ainsi elle fait le pari ambitieux de réunir autour de la série les fans du comic book avec ceux qui ne la connaissent pas. La série livre aux fans des éléments supplémentaires pour qu’elle ne leurs apparaisse pas trop prévisible mais récompense aussi leur attente en portant à l’écran les scènes emblématiques.

D’une autre manière, le showrunner et son équipe de scénaristes auraient pu partir sur un protagoniste différent qui aurait évolué dans le même décor apocalytique. Ainsi ils auraient développé la transversalité entre l’œuvre graphique et audiovisuelle. L’idée d’un projet global a été partiellement lancé avec la production de six webisodes (présente dans notre base de données en saison 0, chaque fiche épisode embarquant l'épisode en question) qui retracent l’histoire d’un zombie rencontré par Rick au cours de la première saison - à vous de trouver à quel moment !


Un autre choix d’importance a été pris sur la série, c’est de consacrer une saison à chaque album. Ce choix a certainement été motivé par la chaîne qui voulait ralentir l’action pour libérer la narration et aussi mieux refléter l’horreur vécue par les personnages. Cette solution a aussi permis de garder une structure similaire aux comics dans le cheminement des personnages - et de ne pas perdre les fans - mais a irrémédiablement contraint les scénaristes à étirer certaines situations et ajouter des sous intrigues, avec plus ou moins de réussite.

Il en est ainsi du gang latino que Rick, Daryl, Glenn et T Dog rencontrent lorsqu’ils viennent récupérer Merle, laissé sur le toit d’un immeuble à Atlanta. Le problème c’est le manque d’organicité de certaines séquences qui pourraient être supprimées, sans que ça cause du tort au récit. Ici, Rick fait par exemple le choix de partager les armes avec le gang. Ce choix aurait pu être à l’origine d’une pénurie d’armes à feux dans son groupe mais non, cette rencontre n’a pas de répercussion significative sur le parcours de nos héros.

Le travail d’adaptation se fait à plusieurs niveaux : à l’échelle de l’acte, de la séquence ou de la scène. Dans la saison un, plusieurs éléments narratifs ont été ré-assemblés dans un ordre différent de l’œuvre originale.

Dans le tome un du comic book, Rick va deux fois à Atlanta, une première fois où il fait la connaissance de Glenn qui lui sauve la vie et une deuxième fois où il revient en sa compagnie pour récupérer des armes dans une armurerie. C’est à ce moment qu’il a l’idée de se badigeonner de chair de zombie pour camoufler son odeur humaine et se faufiler dans la meute.

Pour montrer qu’ils ne sont pas les seuls survivants et créer du conflit, les scénaristes ont utilisé le deuxième voyage pour former une rencontre avec d’autres survivants (alors qu’ils avaient inséré dans le premier des éléments du deuxième pour enrichir la fuite). Le résultat produit une nouvelle scène : Rick, acculé par les zombies, se cache dans un tank. C’est grâce à Glenn et sa radio qu’il parvient à s’y extraire. Une fois dehors, il rencontre les autres survivants qui accompagnent Glenn et, finalement, s’échappe en se badigeonnant de chair de zombies. Lorsqu’ils reviennent à plusieurs pour récupérer les armes, ils tombent sur le gang latino qui ouvre au sein du récit une nouvelle séquence.
Pour travailler la forme, Franck Darabont, le réalisateur, s’est inspiré autant que possible des illustrations du comic book. Des mouvements de travelling à la dérive ont été privilégiés à une caméra à l’épaule pour retranscrire le calme de certaines pages du roman graphique où l’on observe un environnement dévasté et désertique. A des moments, certaines images ont même été fidèlement reproduites. Pour rendre au mieux la texture des dessins de Moore et d’Adlard, la série est tournée en 16mm (c’est aussi une économie de temps entre les prises) à défaut de pouvoir être tourné en noir et blanc, ce qui aurait été impossible à diffuser pour la chaîne.

Vers la fin de la première saison, le style visuel de la série se détache du comic book. Alex Hajdu fait son entrée au poste de chef décorateur et décide de moins s’inspirer du comic book. La seule chose qu’il utilise c’est l’utilisation de l’espace qui tend vers la simplification. Le ton reste néanmoins noir et cru. Comme dans le comic book, la dévastation est montrée sous tous ses angles.

A partir de la saison deux, on retrouve l’utilisation d’une séquence d’accroche en exergue des épisodes. Cet effet est présent au début du tome deux du comic book pour rappeler la présence de Shane qui vient de disparaître à la fin du tome un. Dans la série, cet effet d’amorce est aussi utiliser pour accentuer l’ambiguïté de la relation triangulaire qui s’est instaurée avec le retour de Rick.

Personnages : une troublante ressemblance
Du comic book à la série TV, le personnage de Rick est similaire. Il essaye de trouver sa voie et de comprendre comment fonctionne le monde. C’est un homme bon qui essaye de garder une éthique en plus de protéger ses proches. Cependant ils n’évoluent pas à la même vitesse dans les deux œuvres.

Dans le comic book, Rick est plus rapidement confronté à l’incompatibilité des valeurs sociales avec ce nouveau monde. Dans chacun de ses choix, il essaye de rester intègre mais sa volonté de justice l’entraine toujours vers des choix encore plus compliqués. Pour sauver une vie, il est souvent obligé d’en mettre une autre en péril. C’est ce qui rend le personnage fascinant car il vit beaucoup de conflits.

Autour de Rick, on retrouve son fils Carl et sa femme Lori. Afin de développer la situation ambigüe qui s’est créée avec le retour de Rick, Shane est conservé au-delà de la première saison alors qu’il disparaît à la fin du tome un du comic book. Même si dans le roman graphique, son impact sur la relation entre Lori et Rick est durable, le personnage est conservé pour faire prolonger le triangle conflictuel et donner de l’élan à la narration. L’amour qu’éprouve Rick envers sa femme et son fils nourrit la frustration de Shane qui s’amplifie lentement jusqu’à créer des situations de tension extrêmes.

Dale, le vieil homme se rapproche d’Andrea. Alors que sa relation devient intime dans le comic book, elle semble moins simple dans la série. Dale étant plus vieux dans le comic, sa position s’apparente plus à celle d’un père protecteur.

Faiblement caractérisée dans le comic, Andrea possède une histoire et une personnalité plus riche dans la série. Dans le comic book, elle et sa sœur Amy ont quasiment le même âge. Dans la série Andréa est plus mature et son personnage plus riche. Sa relation avec sa sœur n’est pas simple. Elles n’ont jamais vraiment vécu ensemble. Elle a privilégié sa carrière et a raté de nombreux moments importants dans la vie de sa sœur. Seules dans ce monde apocalyptique, Andrea essaye de rattraper ces moments perdus. La mort d’Amy va avoir un caractère déterminant dans l’évolution du personnage. Après cette épreuve, Andrea devient une guerrière. C’est aussi le cas dans le comic book mais prend du coup dans la série une justification plus forte.

Glenn, quand à lui reste le jeune débrouillard et peu sûr de lui qu’il était dans le comic book.
Parmi les nouveaux personnages, on a le sauvage et solitaire Daryl, jeune frère de Merle. Ce dernier disparaît dans les premiers épisodes après avoir été laissé sur le toit d’un immeuble. Daryl fait parti des personnages les plus intéressants car il va au fil des épisodes, essentiellement dans la saison deux, s’ouvrir aux autres, apprendre à faire confiance et manifester des sentiments, de la compassion. Avec un frère raciste et autoritaire et des parents certainement absents, on comprend qu’il s’est forgé tout seul. Le conflit interne qu’il vit est fort. C’est donc un personnage qui insuffle au spectateur beaucoup d’empathie.

A la fin de la saison un, une séquence qui n’existait pas dans le comic est imaginée par les scénaristes avec l’apparition d’un autre personnage, Jennar. Scientifique, il est le dernier survivant au CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies). On apprend grâce à lui le processus cérébral de zombification.
Enfin derniers personnages qui font leur apparition dans la série, ce sont Jacqui et T dog. Plutôt effacé, Jacqui disparaît à la fin de la première saison et T dog est plutôt du genre boulet.

Parmi ceux qui ont disparus dans la série, il y a Allen et sa famille. Il a été remplacé par Morales et sa famille mais qui préfèrent partir de leur côté lorsque tout le monde quitte le camp.


Une première saison fidèle, une seconde qui prend le large

Dans la saison un, histoire et récit sont globalement conservés : The Walking Dead raconte toujours l’histoire de la survie à travers le personnage de Rick Grimes, un flic hospitalisé après une blessure par balle qui se réveille seul, dans un monde où les morts mangent les vivants. Après avoir retrouvé sa famille, il part avec un groupe de survivants à la recherche d’un endroit où une seconde vie sera possible. Ce qui a été préservé et qui fait que The Walking Dead n’est pas une banale série sur les zombies, c’est son imprévisibilité et sa noirceur. Dans ce nouveau monde devenu l’enfer, le plus grand danger n’est pas toujours les morts vivants mais ceux qui sont encore en vie. Personne n’est à l’abri d’une mort violente.

De manière générale, la série s’attarde plus longuement que le comic book sur les obstacles rencontrés. Les épisodes sont chargés de silences et de scènes lentes qui nous renseignent sur l’état de ce monde. Dans les six épisodes de la première saison, la série s’efforce plus de creuser les personnages que le comic book (sans passer par une utilisation du flash back incessante, comme on peut le voir dans d’autres séries). Elle tâche de donner des détails sur l’identité des personnages et renforce les conflits entre eux en développant à chaque fois des thématiques larges comme le racisme, l’euthanasie, la démocratie… (parfois un peu poussivement d’ailleurs).

Fort du succès de la première saison, AMC a lancé la fabrication de treize épisodes pour la saison deux. C’est sept épisodes en plus pour retranscrire le second album du comic book. Cependant comme AMC supporte seule les risques financiers de la série (à l’inverse de Mad Men produite par Lionsgate ou Breaking Bad par Sony Télévision), elle impose une baisse de 650 000 dollars par épisode pour cette nouvelle saison. Dans cette configuration, des libertés scénaristiques plus grandes que dans la saison une sont prises, justifiant ainsi la sédentarisation de la série. Ces coupes budgétaires ont été à l’origine du départ de Franck Darabont qui n’arrêtait pas de se battre avec la chaîne pour que la série ne soit pas trop dégradée.

Alors que dans le comic book, les personnages sont très souvent sur la route, la seconde saison s’installe dans un même décor, la ferme de la famille d’Herschel. L’accent est mis sur la psychologie des personnages et l’évolution de leurs relations. L’avenir de nos personnages se noircit au fil des épisodes. On les sens épuisés et l’espoir de retrouver une vie normale est de plus en plus remis en question. Alors que dans le comic book, les personnages ont toujours la motivation de se battre, on les sent dans la série excédés par les événements.
Dans cette nouvelle saison, Rick se retrouve confronté à des choix difficiles qui vont le transformer dans la série plus que dans le comic book. Désormais, l’étranger est une menace. Alors que dans la première saison, il est farouchement opposé à tuer des vivants, dans la saison 2, face à la menace de deux inconnus, il n’hésite pas à sortir son arme. Cette évolution intervient de manière beaucoup moins appuyée dans le comic book, certainement lié au fait que l’empathie est moins sollicitée dans un roman graphique que dans une œuvre audiovisuelle.

Ce qui devient intéressant avec la saison 2, c’est la qualité des conflits entre les personnages. On a peut être une stagnation de l’action mais qui se traduit par un développement de l’hostilité de l’environnement. Les attaques sont plus nombreuses, imprévisibles et poussent certains personnages à l’abandon fasse à ce monde apocalyptique proche de sa fin.


En s’écartant de manière significative de l’œuvre originale, les scénaristes ont compris que pour réaliser une œuvre intéressante, il faut qu’ils trahissent l’œuvre originale, que ce soit en bien ou en mal. Si l’on applique la réflexion d’André Bazin à la série, elle ne doit pas être un double de l’œuvre originale qui serait dans un respect amoureux mais un être esthétique qui est le comic book multiplié par les attributs de l’audiovisuel. Avec le départ de Franck Darabont, j’espère que son remplaçant conservera cette ligne de conduite…

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la genèse de cette série, je vous suggère la lecture de The walking dead making of : le guide officiel de la série de Paul Ruditis. Et pour ceux qui n’ont pas encore vu la saison deux, rendez-vous le 21 avril à 19h30 au Forum des images.

Samuel Bilboulian
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Lundi 02 Avril 2012

Les 10 séries TV les mieux notées de Mars 2012


Spin-Off   Type : Site   Tags : meilleures séries, top, mars 2012
19h35 - 7 
C'est désormais une tradition depuis notre entrée en l'année 2012. Au début de chaque mois, nous mettons en ligne la liste des séries et épisodes les mieux notés du mois précédent. Pour le mois de mars, vous avez plutôt bien actifs puisque vous avez posté exactement 10362 notes (contre 10500 en février). La moyenne totale est en revanche en progression et s'établit à 12,2/20 (contre 11,89 en janvier et 11,9 en février).

Top séries les mieux notées en Mars 2012 (20 notes minimum)
Le mois de mars est aussi un mois qui nous a fait plaisir. Vos notes nous ont conforté dans nos choix en mettant particulièrement l'accent sur la série suédoise, Akta Manniskor, qui intègre le top 10.

Depuis l'apparition de la série dans notre base de données, elle a généré pas loin de 10000 pages vues sur Spin-Off.fr et ce malgré l'absence totale de promotion en dehors des circuits habituels.

A noter par ailleurs l'excellente place de How I Met Your Mother et l'apparition immédiate de Mad Men qui devrait s'installer durablement dans nos différents top 10 au cours des prochains mois.

1. Äkta Människor (SVT) : 14,5
2. Shameless (US) (Showtime) : 13,7
3. How I Met Your Mother (CBS) : 13,7
4. Mad Men (AMC) : 13,6
5. Once Upon a Time (ABC) : 13,3
6. The Walking Dead (AMC) : 13,1
7. Skins (E4) : 12,9
8. Cougar Town (ABC) : 12,9
9. Nikita (2010) (CW) : 12,8
10. Spartacus: Blood and Sand (Starz) : 12,7

Suivent dans l'ordre : The Big Bang Theory (CBS) à 12,6, Parks and Recreation (NBC) à 12,5, The Good Wife (CBS) à 12,5, Happy Endings (ABC) à 12,4, Awake (NBC) à 12,4, Ringer (CW) à 12,2, Eastbound & Down (HBO) à 12,1, South Park (Comedy Central) à 12, The Vampire Diaries (CW) à 12 et Desperate Housewives (ABC) à 11,9.


Top épisodes les mieux notées en Mars 2012 (10 notes minimum)

1. Shameless (US) 2.11 : 14,9
2. Äkta Människor 1.09 : 14,8
3. Äkta Människor 1.10 : 14,6
4. Once Upon a Time 1.17 : 14,5
5. Once Upon a Time 1.16 : 14,3
6. Äkta Människor 1.08 : 14,1
7. Skins 6.08 : 14,1
8. Shameless (US) 2.09 : 13,8
9. Awake 1.01 : 13,7
10. Mad Men 5.01 / 5.02 : 13,7 et 13,5

Suivent dans l'ordre : How I Met Your Mother 7.19 (13,6), Shameless (US) 2.08 (13,6), The Walking Dead 2.12 (13,6), Desperate Housewives 8.16 (13,6), Once Upon a Time 1.15 (13,6), Cougar Town 3.05 (13,5), Bref 2.14 (13.5), The Vampire Diaries 3.18 (13,3), Nikita 2.17 (13,2) et The Walking Dead 2.13 (13,1).
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Lundi 19 Mars 2012

[Résultats] Concours Le visiteur du Futur : DVD et t-shirt à gagner


Le Visiteur du Futur   Type : Concours
09h22 - 631 
Mise à jour 23 mars 14h30 :

Merci d'avoir été si nombreux à participer, voici les gagnants :
Baba, alpharc, pablopicasso2 et anpa pour les tee-shirts + DVD, Thomas_DR pour le DVD.

Pour les autres vous pouvez toujours vous jeter sur le DVD déjà en vente sur Amazon.



S'il existe une série française coup de cœur, c'est bien Le Visiteur du Futur. Démarrée sur le web, acclamée par plus de 7 millions d'internautes, cette série à vocation humoristique s'est fait connaître pour son ton décalé très particulier, entre la parodie et le potache, et moquant les standards de la science-fiction avec virtuosité. La saison 3 est actuellement en tournage (vous pouvez suivre son évolution sur le blog de son réalisateur, François Descraques, Frenchnerd.com).

Devant ce succès, c'est donc avec grand plaisir qu'on organise ce jeu concours. En attendant la saison 2 qui doit sortir en DVD fin août-début septembre, 5 coffrets DVD de la saison 1 seront à gagner ainsi que 4 t-shirt (pour les 4 premiers, lesquels respecteront la parité, à savoir deux hommes et deux femmes). Étant un heureux possesseur dudit coffret, je peux d'autant plus témoigner du soin apporté au coffret DVD avec une toute nouvelle musique et des bonus vraiment amusants.
Les lots
  • Du 1er au 4ème prix (deux hommes et deux femmes) : un coffret DVD de la saison 1 et un t-shirt (plusieurs tailles disponibles - S / M / L / XL - à préciser au moment de communiquer votre adresse).
  • 5ème prix : un coffret DVD de la saison 1

Comment jouer ?

  • Vous devez laisser un commentaire dans cette news qui contiendra au moins la phrase suivante : "Je souhaite participer au concours du Visiteur du Futur"

Jusqu'à quand ?

  • Vous avez jusqu'au Vendredi 23 mars à 14h pour laisser votre commentaire, les gagnants seront ensuite contactés par email (mail spin-off) pour recevoir leur lot.
Pour rappel, voici le premier épisode de la série, "La Canette". N'hésitez d'ailleurs pas à suivre le reste de la série sur Spin-Off puisque chaque fiche épisode embarque l'épisode en question (ce qui permet de noter d'autant plus facilement la série !).

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Vendredi 16 Mars 2012

Pourquoi je n'ai pas aimé Homeland


Homeland   Type : Tribune   Tags : homeland, critique, pol gornek, gehenne
18h06 - 9 
Il figure parmi les lecteurs les plus fidèles du site, mais aussi des plus érudits. Pol gornek a très certainement eu l'occasion d'éveiller votre esprit critique dans l'un de ses commentaires qu'il égraine, de temps à autre, sur les épisodes. Ses commentaires notamment sur Homeland vont à rebours d'une grande partie de la critique. Il en a publié une critique plus étayée sur son blog, Lucarne, et nous a autorisé à la reproduire.
La nouvelle série de Showtime, remake d’une série israélienne apparaît comme une curiosité tant elle provoque une espèce de consensus positif qui la place sur le podium des meilleures nouveautés de la rentrée. L’enthousiasme est monté crescendo comme ma perplexité devant une série qui, si elle ne provoquait aucun phénomène de rejet, ne justifiait pas autant d’éloges.

L’histoire : Un soldat (Damian Lewis) rentre au pays après huit ans de captivité (et aucun signe de vie). Une analyste (Claire Danes) est persuadée qu’il est devenu un agent dormant au service d’une cellule terroriste.

L’intrigue s’élève comme une bâtisse familière aux fondations bien connues des sériephiles. Si le courant artistique participe d’un même mouvement (la paranoïa liée à une menace terroriste, le post-9/11), l’assemblage accuse son côté “pièces rapportées” au détriment de l’homogénéité. Étouffée par ses pairs (24, Sleeper Cell, Rubicon), la série ne parvient jamais à s’extracter et convoque, par la force des choses, de vieux fantômes au lieu de se créer une identité propre. Elle plie sous le poids des références parce que sa volonté de bien faire impose, malgré elle, une uniformisation lié au thème (ou au genre). Ce principal reproche se diffuse pendant les six premiers épisodes, avant d’exploser par à coup, à mesure que le récit s’écroule comme un château de cartes.

En deux épisodes (01x07 - 01x08), les scénaristes vont détruire la série, renier ses principes fondateurs et transformer un récit maîtrisé techniquement en cheval fou. Malgré les défauts expliqués plus haut, Homeland demeurait logique dans ses intentions et fluide dans sa façon de les exploiter : cultiver l’ambiguïté autour du retour de Brody et des soupçons de Carrie. La déconstruction méthodique de la série fonctionne en deux temps : lever le doute sur la culpabilité de Brody (fin de l’épisode sept) et finalement la confirmer (fin de l’épisode huit).

Avec cet enchaînement, les scénaristes nous montrent qu’ils peuvent déjouer leur récit à loisir. Les informations importantes qu’ils délivrent sont marquées du sceau de la supercherie. Il ne s’agit pas de crédulité du spectateur ou de jouer sur les apparences ou la notion de perception (on n’est pas chez De Palma ou Argento) mais bien de corrompre délibérément le caractère fondamental de l’intrigue. A partir de ce moment précis, les auteurs nous annoncent que tout peut arriver, qu’aucune logique élémentaire ne tient la série, que l’agent double peut être triple, etc… Il n’existe aucun jeu possible entre l’intrigue et le spectateur ainsi dupé. S’ouvre alors une nouvelle série, faite de multiples coups de théâtre, ersatz de 24 (option taupe comprise). Le show devient grossier, acculé par un principe hyperbolique. A cette dérive inévitable, s’ajoutent un schématisme lourd (l’épisode flash-back, illustration du retournement de Brody), des évolutions difficilement compréhensibles (l’entrée de Brody en politique, sa transformation en kamikaze) ou trop pratiques (la chute psychologique de Carrie - surjouée façon actor’s studio).

Cet effondrement méthodique du récit et ses enjeux met en exergue d’autres petits défauts éparpillés ça et là. Pris indépendamment, ils ne sont pas préjudiciables, seulement agaçants. Mais leur multiplication au sein d’une série qui ne s’est jamais vraiment trouvée accentue l’exaspération générale. La place trop importante (imposante) accordée aux intrigues familiales (Saul et sa femme, les triangles successifs Brody-Jessica-Mike Brody-Carrie-Jessica) alourdissent le rythme et n’apporte rien. Un personnage comme Saul fonctionne bien mieux en autiste agent de la CIA (grande interprétation de Mandy Pantinkin). Une CIA d’ailleurs qui manque d’authenticité. Ses bureaux design, ses lumières tamisées, ses programmes informatiques aux belles petites animations décrivent une version glamourisée, loin du rigorisme de la série à exploiter son sujet sérieusement. A mille lieux de la vision austère, aseptisée et implacable de l’administration dans Rubicon. Cette dernière montrait avec talent le caractère besogneux, presque rudimentaire du métier d’analyste. Où c’est le papier qui prime et cette matière tangible et concrète évoque comme un parfum de vérité, un supplément d’âme. Ce que l’on trouve, tout juste esquissé, devant la ligne chronologique rassemblée par Saul chez Carrie (01x11). A côté des intrigues inutiles et encombrantes, se place les lignes narratives inutilisées ou vite évacuées : la difficulté de Brody à (re)trouver un équilibre sociale et la vie occidentale, la perte d’un agent infiltré, le couple de terroristes et surtout, la “résurrection” de Tom Walker.

J’aurai pu mentionner cet élément plus tôt mais à l’image de sa représentation dans la série, il a été eclipsé par une autre révélation (la nature de Brody). Cette information est importante parce qu’elle est symptomatique de la tournure qu’a pris la série. Le meurtre sous contrainte de Tom Walker par Brody entretenait l’ambiguïté du personnage tout en injectant une dose de culpabilité raisonnable. Il pouvait agir également comme boussole morale et présenter une thématique intéressante à exploiter. Mais les auteurs ont préféré abandonner cette idée pour une vision plus sûre et clinquante mais à la portée éphémère. A un travail de fond traité sur la longueur, la série applique une logique plus efficace et séduisante (et quelque part, à raison puisqu’elle a été renouvelé pour une seconde saison quand Rubicon fut annulée après sa première). Elle ressemble à 24 sur la fin, prisonnier, épuisé par son concept, sa critique de l’administration américaine et sa géopolitique peinait à exister face aux multiples rebondissements. Dans Homeland, cette idée est illustrée par la volonté des auteurs à occuper un espace sensationnaliste plutôt que la psyché malade d’un soldat et d’une analyste zélée (chose évacuée très rapidement de la série).Multiplier les coups de théâtre au lieu de creuser un sillon fertile et capables de générer de grands moments de solitudes malades.

En conclusion, jetons un dernier regard au season finale. Une belle synthèse du programme global établi depuis le pilot. Point de convergence des différentes storylines, les scénaristes réussissent leur numéro de jonglage, sans perdre une balle. Sur le principe de l’action (les épisodes précédents) / réaction, ils composent une succession de scènes qui fonctionneraient presque si leur perception n’était pas encombré d’un passif lourd et de ficelles grosses. Comme le suspense dans le bunker, difficile à tenir quand il s’agit de l’acteur principal d’une série renouvelée pour une seconde saison. Si la première défaillance (mécanique, un fil se détache dans la précipitation qui suit l’attaque du sniper) fait dans la prolongation du pauvre (ou du scénariste faignant), la seconde (humaine, un dialogue père / fille) joue une corde sensible évidente mais qui fonctionne grâce un travail préalable convaincant. Une même séquence en mode miroir au résultat opposé : un fil grossier (ce que la série a composé pendant sa seconde partie de saison) et un autre plus nuancé (par petites touches successives). La différence entre prendre son temps et se précipiter. Une impression souvent ressenti au cours de cette saison, celle d’une série schizophrène qui a voulu tenir une promesse, dissipée par un volte face pour faire place à une show survoltée, chargée en adrénaline (au sens : enchaînement des révélations / rebondissement, pas dans l’action) et devenue pauvre au fil du temps.

Que faut-il attendre pour la seconde saison ? Une nouvelle série. Sur le principe de la révolution lunaire, les auteurs sont parvenus, dans un mouvement circulaire, à redistribuer les cartes, ériger une nouvelle situation initiale, fonctionnant de façon presque autonome. Ils donnent la possibilité aux spectateurs de recomposer la première saison et remodeler, à leur convenance, le passé de la série. Car Homeland, saison 02, change ses fondamentaux. Il ne s’agit plus de traiter l’ambiguïté autour de la culpabilité mais l’agilité d’un espion à pénétrer la politique américaine. Une nouvelle promesse, que j’espère, les auteurs vont tenir jusqu’au bout, sans fausse note.

Pol gornek
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