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Les Mardis du Grand Palais proposent pour débuter l’année un cycle consacré à la fiction ; signe des temps ou hasard du calendrier, la première conférence (avant la littérature et l’actualité télévisée, tout de même !) était consacrée aux séries télévisées. La présentation officielle des Mardis nous promet une plongée "au cœur de sujets liés à l’actualité culturelle" reposant sur la "pluridisciplinarité". Risque de dire ou d’entendre des banalités ? Peut-être. Néanmoins, l’intérêt de ce concept est aussi de confronter des personnalités très hétéroclites qui pourraient réussir à élever le débat au-delà des clichés.

De notre envoyée très spéciale Oriane Hurard


Pour commencer, la première question qui vient à l’esprit est la véritable pertinence de l’intitulé de cette conférence : "Le phénomène des séries : pourquoi sommes-nous tous accro ?" D’autres se sont déjà interrogés mieux que je n’aurais pu le faire sur le terme de "phénomène" ; je m’intéresserai donc davantage à la suite de la phrase, à ce "pourquoi".

Pourquoi sommes-nous tous accros ?

Cette interrogation peut paraître ridicule, inutile ou même évidente ; pourtant, elle soulève de vraies questions de fond, notamment vis-à-vis du rapport que les séries entretiennent indéfectiblement avec le cinéma – qu’on le veuille ou non. Le terme "accro", donc, suppose une forme d’addiction, de dépendance. En général, ce terme est ordinairement associé à des substances ou des comportements considérés comme néfastes (alcool, drogue... parfois même les jeux vidéo). Bref, "accro" a donc une connotation fortement négative. Ce qui implique deux choses : d’une, que la série n’a pas encore acquis une totale légitimité culturelle (on ne parle pas d’accro au cinéma mais de cinéphile) ; ensuite, que la série implique une forme d’addiction – on peut parler, de manière plus positive, de fidélisation ou d’attachement.

Christine Bouillet (directrice de la programmation à M6) et Hervé Hadmar (créateur de Pigalle, la nuit sur Canal, bientôt de Signature sur France 2) ont tous deux commencé par tenter d’expliquer l’essor des séries de manière économique et structurelle. En bref, la transformation du marché audiovisuel américain a provoqué une concurrence accrue entre les networks et les chaines du câble, provoquant une émulation bienvenue tandis que le cinéma s’enlisait dans le divertissement pour adolescents. Tout cela est certes vrai mais rien de nouveau sous le soleil, disons.


La série et le temps

C’est Pierre Langlais (journaliste spécialiste des séries) qui, le premier, a prononcé le mot "temps".  Voilà, ce qui, pour moi est de loin la notion principale, et la plus passionnante dont on peut parler à propos des séries. Tout est toujours question de temps dans les séries : le temps à l’intérieur et à l’extérieur de la diégèse (mécanismes de narration), le temps qu’on y passe, le temps qui s’y passe, la durée d’un épisode. Même le temps entre la diffusion de deux épisodes ou de deux saisons est essentiel dans la consommation d’une série.

Preuve supplémentaire s’il en faut, Lost et 24, deux séries fondamentales dans l’histoire des séries des années 2000, ont toutes deux révolutionné l’art sériesque par ce biais : la première en multipliant les couches temporelles (flashback/flashforward/flash sideways), la seconde en cherchant à retranscrire le temps réel et en remettant au goût du jour le split-screen.

Plus que du cinéma, la série télévisée se rapproche des grands feuilletons littéraires, rappelle avec justesse l’auteur Pacôme Thiellement (écrivain et vidéaste). Pierre Langlais réagit également en témoignant que pour lui, le temps trop court du cinéma est une souffrance, et surtout une frustration. Une série se regarde dans le temps, et le spectateur vieillit (presque) en même temps que les personnages. Cette notion de maturité donne ainsi une impression accrue de profondeur et de complexité ; ainsi, une série comme Mad Men, qui se savoure dans ses détails, est une œuvre qui exige plusieurs épisodes, voire plusieurs saisons, avant de pouvoir l’apprécier pleinement.

Un autre élément temporel important, c’est la proximité qu’entraîne une telle régularité. On a souvent l’impression, plus qu’en regardant un film, que tel ou tel personnage nous ressemble étrangement. Une série nous implique davantage, peut-être à cause du médium pour laquelle elle est conçue (le petit, et non pas le grand écran) mais surtout, comme le dit Pacôme Thiellement, parce "qu’on la regarde comme si elle avait été écrite pour son propre cas".
 
Une série propose une évolution, un parcours, un récit initiatique voire sacré (bon, probablement plus Lost que Les Experts, mais quand même). Le plus grand paradoxe de la série est sans doute de partir d’un média collectif (la télévision) pour devenir en réalité une expérience intime et individuelle (un véritable "accro" regarde sa série seul, quasi religieusement). Tout cela nous ramène au temps et à l’addiction : ce sont la durée et la régularité qui nous rendent accros à une série - alors qu’un film nous impressionne et nous fascine.


Y a t-il des séries "bonnes" et d’autres mauvaises » ?

Une nouvelle hiérarchie semble se dessiner aujourd’hui au sein même du "genre" de la série, entre les séries dites d'auteur et les séries procédurales qui hantent les prime time de nos chaines hertziennes - le peu d'arcs feuilletonnants de ces dernières, permettant, entre autres, de les diffuser n'importe comment. Christine Bouillet explique cette prédilection des diffuseurs pour le genre non-feuilletonnant par le besoin des téléspectateurs de regarder une histoire bouclée, avec une énigme résolue en 45 minutes, sans pour autant avoir besoin de regarder la totalité des 24 épisodes [NoteDeManuuu : remarque faiblement pertinente, la liste de série feuilletonnantes qui sont des succès d'audience est longue comme deux fois mon bras. Dernier cas en date, The Walking Dead]. Ce à quoi Pacôme Thiellement, d’ailleurs auteur d’un ouvrage sur Twin Peaks (on ne se refait pas) s’interroge sincèrement : pourquoi est-ce si important de toujours résoudre les enquêtes policières ?

Avec cette typologie, c'est aussi une hiérarchie entre les spectateurs qui se crée peu à peu. Bon nombre de personnes dans la salle, pourtant a priori intéressées par le sujet de la conférence, n'avaient en effet jamais entendu parler de Breaking Bad ou de True Blood et pour cause. Diffusées par de confidentielles chaînes du câble ou en deuxième partie de soirée sur Arte, ces séries ne sont cultes que pour une frange réduite des téléspectateurs - aficionados d'HBO, journalistes spécialisés et autres assidus du téléchargement.

Faut-il pour autant dénigrer le public accro aux Experts ou au Mentalist ? Face à l'accusation de plusieurs membres du public, les intervenants s'en sont défendus, mais la réalité est là : en acquérant une légitimité artistique et culturelle, comme le cinéma quelques décennies avant elles, les séries se voient désormais divisées en plusieurs genres et courants, dont la dichotomie grand public d'un côté, élitisme de l'autre est pour l’instant la partie la plus visible.

La reconnaissance de la série comme objet artistique passera par sa hiérarchisation. Admettons-le, pour qu’il y ait des chefs d’œuvre comme Six Feet Under, The Sopranos ou Breaking Bad, il faut qu’il y ait à côté des œuvres plus médiocres. En attendant, si les séries, qu’elles soient "bonnes" ou "mauvaises", nous rendent si accro, c’est que (presque) toutes jouent sur deux éléments primordiaux de notre société : le besoin de fiction et la notion du temps qui passe.

Certes, on finit encore une fois par se référer au cinéma pour parler des séries, mais on ne peut nier qu’aujourd’hui le rapprochement de leur évolution est assez pertinent. Oui, on peut aller voir Harry Potter 7 et Poetry et aimer les deux films pour différentes raisons (tout en sachant que Poetry est davantage une œuvre d’art que HP7… ou pas). Tout comme on peut regarder Glee et Mad Men dans la même soirée, et aimer ça [NoteDeManuuu : Dis, Oriane, tu déconnes pour Glee, hein ?].


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2 commentaires sur cette actu

  

donuts  #1 - Dernière édition le 02/02/2011 à 14:45:33
Statut : Spin-off master
Membre depuis 1127 jours
1190 messages

Merci pour cet article très intéressant.

Sinon personne n'a évoqué dans la conférence les différents formats (4, 20, 45 mn ...) en jeu dans les séries et le rapport du téléspectateur à la fiction sur sa 'consommation' de séries ?

Autre chose par rapport au temps qui est bien sûr le point central de l'explosion de la consommation sérielle, c'est je pense la consommation immédiate et rapide d'un épisode et la baisse de contrainte par apport à un film ou un bouquin. Et même si on regarde 2 épisodes de 45 mn (soit la durée d'un film), l'impression de liberté individuelle est plus importante. Et cela correspond bien à un facteur sociétal de ce début de siècle.

  02/02/2011 à 14:38
GodZi  #2
Statut : Rédaction
Membre depuis 1643 jours
277 messages

Bon article, merci, d'ailleurs cette notion d'attachement à un personnage dans une série se retrouve au cinéma le plus souvent dans les trilogies (ou plus) qui permettent sur le long terme (les mois/années qui séparent les sorties) de s'identifier à un ou plusieurs personnages, c'est ce que j'aime dans les séries et dans les sagas au cinéma.

  02/02/2011 à 14:50

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INFORMATIONS
Date : 02/02/2011 à 14:10
Auteur : la rédaction
Tags : débat grand palais series sommes nous accro 
Catégorie : Bla Bla Bla
Sous-Catégorie : Divers
 

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